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Nicolas Tournat : « A jamais un attachement particulier à Nantes »

Découvert par Grégory Cojean il y a huit ans maintenant, passé pro en 2014 et devenu international sous ce maillot violet, le pivot charentais de 26 ans (le 5 avril) s’envolera pour Kielce (Pologne) cet été. Un départ acté depuis déjà deux saisons mais qu’il n’imaginait pas aussi brutal, puisque la Lidl Starligue, suspendue jusqu’au 22 avril, pourrait ne pas reprendre…

Entre séances de musculation et moments en famille nouvellement agrandie, Nicolas Tournat a pris le temps de se confier. En toute sincérité.
Difficile de ne pas y penser, mais on pourrait bien ne plus vous revoir sous la tunique du HBC Nantes, puisque la reprise des compétitions reste en suspens…

Très honnêtement, ces dernières semaines ont été tellement improbables et intenses, entre cette crise sanitaire et la grosse émotion qu’a été l’arrivée de ma fille en plein confinement (Nyla a pointé le bout de son nez le 25 mars) que je n’arrive pas encore à réaliser que c’est une grande probabilité. Nantes, c’est le plus gros morceau de ma vie de handballeur. Cela pèse tellement dans une histoire. La seule chose que j’imagine, c’est revenir à la H Arena ... Comme adversaire très rapidement ou de nouveau un jour sous les couleurs du « H », seul l’avenir le dira…

Qu’en est-il d’ailleurs de la situation actuelle de votre futur club polonais de Kielce ? Le contexte ralentit évidemment les opérations, mais j’espère avoir quand même un point de chute (sourire). Je plaisante mais oui, tout est évidemment en stand-by pour le moment, le club est fermé, au même titre que le HBC Nantes. Comme partout, c’est l’attente à tous les niveaux. Mais pour être honnête, la seule chose qui m’importe à l’heure actuelle c’est la santé de mes proches.

« Reprendre les compétitions ? Il faut se demander si cela aurait du sens »

Vous parlez d’attente, de patience… mais vous êtes tout de même bien occupé avec l’arrivée de votre deuxième enfant. Comment gérez-vous cette période si atypique ?

Finalement, ce qui est le plus pénible c’est le fait d’être dans le flou. On ne sait pas exactement ce qu’il va se passer sportivement, même si cela semble bien mal engagé pour envisager une reprise des compétitions. On a déjà vu les Coupes nationales annulées (en mars, le HBC devait participer au Final Four de la Coupe de la Ligue et disputer une demi-finale de Coupe de France début avril, NDLR). Sur la scène européenne, l’EHF cherche des solutions pour décaler et jouer quand même les finales européennes. Cela semble compliqué, il faut se poser la question de savoir si cela aurait vraiment du sens. Je dois avouer que j’étais un peu loin de tout ça ces derniers temps, car préoccupé par la naissance de Nyla. En attendant, on se maintient physiquement, faute de mieux ou de savoir ce qu’il adviendra. De toute façon, on ne peut rien anticiper.

La fin de cette aventure en violet pourrait donc prendre une tournure totalement inédite... voire frustrante.

Il est certain que j’aurais préféré quitter le club en soulevant un trophée et en étant certain que le « H » allait retrouver la Ligue des Champions, plutôt que de rester sur ma faim. Alors il vaut mieux penser à toutes les choses exceptionnelles que j’ai pu vivre ici.

« Ma trajectoire nantaise ? Au-delà de mes espérances… »

Un parcours que le jeune gamin débarquant dans la Cité des ducs l'été de ses 18 ans n’aurait même pas osé imaginer, si ?

Le jeune joueur que j’étais rêvait, évidemment, de devenir professionnel et de vivre de sa passion. Mais non, je ne pensais pas que j’allais connaître tant d’émotions. Aujourd’hui, cette trajectoire m’a donné encore envie de plus, à chaque saison. Premier contrat professionnel, premiers titres (Coupe de la Ligue en 2015, Coupe de France et Trophée des Champions en 2017) première médaille internationale avec les jeunes (Champion du monde junior en 2015)... et premières capes en Bleu : c’est allé au-delà de mes espérances (il a également été élu meilleur pivot du championnat en 2018 et 2019, NDLR). Et puis Nantes, c’est la ville où sont nés mes deux enfants. J’aurai à jamais un attachement particulier à cet endroit.

Vous évoquez vos moments tricolores. L’équipe de France était censée disputer un tournoi de qualification olympique à domicile, à Bercy, en avril. Est-ce reculer pour mieux sauter ?

Je suis loin d’être certain que cela soit un avantage, d’un point de vue préparation, car il faut bien se dire que pour l’instant, nous n’avons pas de visibilité sur la saison 2020–2021. Ce qui est certain en revanche, c’est qu’il va falloir se préparer à ne pas avoir beaucoup de pause entre le calendrier international, la Coupe d’Europe et bien sûr les Coupes et le championnat… Mais de toute façon c’est comme ça, on ne pourra pas faire autrement et c’est cette multitude de défis qui me stimule : j’ai hâte ! Que les Jeux Olympiques soient reportés (23 juillet au 8 août 2021) est une bonne chose, nécessaire, mais il faudra évidemment passer l’épreuve du TQO. Et nous avons tous conscience que si l’on veut être du voyage au Japon, cela nécessitera des sacrifices…