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Le passeur Léo Meyer et le libéro Romain Deveze vivent chacun à leur façon cette saison riche collectivement, mais également de transition sur un plan personnel, les deux jeunes (respectivement 23 et 26 ans) devant s’affirmer dans cette Ligue A Masculine si dense. Fraîcheur et sagesse au programme. Entretien, puissance 2 !
  Le statut
Léo Meyer : « Je garde à l’esprit que nous sommes tous professionnels et ce qui fait la différence, c’est bien évidemment notre âge, donc notre expérience.
Maintenant, quand tu es jeune, tu te dois d’avoir sur le terrain le même comportement que celui que tu aurais dans la vie. Tu ne vas pas t’adresser de la même façon à ton capitaine espagnol de plus de 30 ans (Sergio Noda, qui a 32 ans, NDLR) qu’à ton pote français de 21 ans ! On a su, au fil de la saison, trouver l’ajustement qui nous convenait, ce qui nous permet de tourner à notre rythme. Qui s’avère parfois atypique, à l’image finalement de ce que l’on produit en match. Comme dans tout groupe, même si l’on s’entend bien, il y a des fois où l’on se « tape dessus » à l’entraînement, puis on revient le lendemain de meilleure humeur ! Au creux de la vague, on se rend capable de complètement changer de cap en quelques minutes. »
Romain Deveze : « Il ne s’agit que de ma première saison dans l’élite donc je reste prudent et surtout je travaille fort pour continuer à progresser. J’ai vraiment envie de me faire une place parmi les meilleurs libéros de ce championnat. Arriver avec un titre de MVP de Ligue B à mon poste (sous les couleurs de Saint-Nazaire) ne voulait pas dire grand-chose, car il me fallait vraiment prouver à ce niveau. »
L’image du volley
Léo Meyer : « Très clairement, avoir des salles remplies comme j’ai pu le connaître à Nantes à plusieurs reprises, c’est tout simplement énorme… Qui peut se targuer d’avoir joué devant 5000 personnes aujourd’hui en LAM (en février, le NRMV a évolué devant 4428 spectateurs à La Trocardière face à Toulouse, établissant un nouveau record en championnat, NDLR) ? Évidemment que c’est grisant pour nous, en tant que joueur, mais ce qui est vraiment impressionnant pour moi c’est le contexte dans lequel ceci est réalisé, autour du volley et avec nos petits moyens. C’est tout le travail du club et de Morgane Le Gall (la responsable marketing-communication) qu’il faut saluer. »
Romain Deveze : « Aujourd’hui il me semble normal pour X raisons que médiatiquement, le volley ne soit que très peu présent… Déjà, il y a une question de moyens et puis, il faut se poser la question de savoir si les instances font le maximum de leur côté pour travailler ce sujet… Maintenant, c’est à nous en tant que joueur de faire monter l’intérêt pour notre sport. Le hand a très bien su le faire en ramenant des titres à la France. Nous, nous n’arrivons qu’à la cheville du foot par exemple... Toutefois, je n’ai jamais entendu des gens venir nous voir, à Dugast ou ailleurs, et nous dire que c’était nul ! C’est véritablement en venant constater en live qu’ils se rendent compte que le volley du collège qui pique les bras n’a rien à voir avec le spectacle sportif que des pros peuvent proposer ! »
Les matches en 5 sets
Léo Meyer : « C’est vrai que les 3/2, cela devient un peu notre spécialité (sourire). Mais je vous l’assure, on préférerait à chaque fois que cela se termine aussi bien… mais plus vite, avec les trois points en poche à la clé ! Honnêtement, je préfère voir ces résultats à rallonge comme du positif, comme la marque d’une équipe forte mentalement, qui est capable de renverser la vapeur et d’aller se défaire de grandes difficultés. »
Romain Deveze : « C’est à la fois un grand mystère et la beauté de notre saison ! Pourtant, je vous garantis que nous abordons tous les matches de la même manière. De toute façon, on n’a pas le choix puisque comme on peut le constater, on peut battre un cador et galérer comme pas permis à la maison face au dernier… Parce que oui, on a quand même failli perdre face à Nice (victoire 3-2 finalement, début février) ! Maintenant on ne panique pas et surtout, on ne tire pas de plans sur la comète. Ce que l’on veut, c’est gagner et pour l’instant avec 9 victoires et 1 défaite, le bilan n’est pas trop mal depuis la reprise en 2020… »
Les play-offs
Léo Meyer : « Finir dans les 8 premiers semble bien engagé, mais on est tous d’accord pour dire que ce serait bien de faire mieux que la saison dernière, où nous avons terminé la phase régulière… 8es justement (sourire) ! Avec les deux mois qui viennent de s’écouler, on a des dirigeants qui se « chauffent » un peu et aimeraient bien que l’on reste a minima à cette 5e place pour espérer l’Europe (rires). On avance sans pression, mais au fond de nous, on se dit que ce serait quand même sacrément chouette de terminer avec cet énorme bonus en poche. »
Romain Deveze : « Ce qui est sûr, c’est que l’on sera prêt… Mais nos adversaires aussi. Dans ce championnat, tu sais très bien qu’en play-offs, tout sera décuplé. Alors oui, évidemment, on est 5e et on surfe sur une dynamique vertueuse. Mais sans une extrême vigilance, tout peut basculer dans l’autre sens. »
Le regard personnel
Léo Meyer : « Avant de prolonger, j’ai longuement parlé avec Fulvio (Bertini, le coach) car je n’avais pas envie de rester pour être le deuxième passeur, celui qui n’entre que pour les services et qui ne joue jamais... Il m’a alors assuré qu’il avait besoin de moi. J’adore ce qu’il apporte et la façon dont il envisage l’entraînement, c’est très important pour un jeune joueur dans le travail au quotidien. Quand Gregor (Ropret, le numéro 1 slovène) a été absent en début de saison (appendicite), j’ai ressenti évidemment un gros coup de stress à l’idée de devoir assurer seul le poste. Pour la première fois, mon degré de performance allait influer sur toute l’équipe. Et cela s’est plutôt bien passé, ce qui m’a permis de vraiment beaucoup progresser. Avec Théo Josserand, qui lui palliait l’absence de Paolo Zonca, on s’est dit que l’on devait montrer que nous n’étions pas que des seconds couteaux, mais bien de véritables options de jeu. »
Romain Deveze : « Je n’ai que 26 ans, j’ai besoin et envie de progresser. On échange énormément avec Fulvio, sur ce que l’on peut apporter techniquement et stratégiquement. Depuis mon arrivée à Nantes, j’affine au maximum mes points forts et tente coûte que coûte de gommer progressivement mes failles. J’apprends aussi à me nourrir de toute la bonne énergie qu’il y a autour de moi. »
Les spécificités du poste
Léo Meyer : « Ce qui est complexe pour le passeur quand il est jeune, c’est que c’est un poste à responsabilité, où la maturité arrive peut-être plus tard. Il est donc difficile de parvenir à déjà peser dans un groupe lorsque l’on débute. Certains font d’ailleurs le choix de redescendre dans une Ligue inférieure pour prouver, avant de se faire repérer par une équipe de l’élite. Mais c’est aussi le risque de disparaître des radars ! J’espère qu’avec ce que j’ai montré et que je veux encore produire, cela finira par prouver que je serai capable de tenir une place de titulaire quelque part. »
Romain Deveze : « Ce que j’aime dans le travail du libéro, c’est le fait d’apporter l’énergie depuis l’arrière du terrain. On est moins dans lumière, car on ne finit pas les points, mais les yeux avertis savent qu’une très bonne défense est à l’origine des performances. Et cela me comble de savoir que je peux aider mon équipe en signant une réception parfaite, ou que l’une de mes défenses peut être la première pierre apportée au collectif. »
Crédit photo : Gaëlle Louis