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Natation Artistique : Solène Lusseau : « Tout réorganiser avec le report des JO »

La capitaine du ballet français, licenciée à Léo Lagrange Nantes, devait initialement disputer fin avril le tournoi de qualification olympique (TQO) à Tokyo, censé accueillir la fine fleur de la natation planétaire cet été. Finalement, les Bleues devront patienter jusqu’en 2021 pour plonger dans le grand bain olympique. Un changement de calendrier synonyme de chamboulement pour les sirènes de l’INSEP, à commencer par leur ambassadrice nantaise. Entretien.

 Après avoir appris que l’INSEP fermait ses portes et que tous les résidents été priés de regagner leurs villes d’origine, vous devez désormais composer avec un programme… 100% au sec. Comment gérez-vous cette situation inédite ?

« Naïvement, au moment de faire nos sacs, on s’est dit avec les coaches de ne pas oublier nos affaires de natation…

Une crise est une crise et si elle doit être subie, on doit l’accepter… Mais pas cette année ! On n’a pas pu s’empêcher de toutes le penser, c’est humain. On a toutes pris un sacré coup derrière la tête, mais nous n’avons évidemment pas réagi de la même façon. Colère, effondrement, incrédulité : chacune a intégré la nouvelle du confinement différemment. Je me suis dit que je me devais de rester philosophe, que la santé de tous était prioritaire et qu’il fallait dès lors se plier à ces nouvelles règles de vie... »

Pour tout sportif de haut niveau, rester à la maison pose la question de la condition physique. Pour vous, le défi est encore plus relevé, puisque vous êtes privées de votre élément de prédilection : les eaux chlorées !

« Depuis quelques semaines, nous étions sur un rythme de 8 heures d’entraînement par jour. D’abord entre 8 h et midi ou 13 h, puis nous reprenions à 14-15 h pour finir vers 18 h. Autant vous dire que oui, l’emploi du temps s’allège considérablement si l’on vous retire les heures dans l’eau… Pour nous, cela veut dire une forte perte de repères dans nos appuis, mais aussi dans la synchronisation… Alors oui, on va suivre un programme physique, continuer à étudier également. Maintenant, pour moi ça ne change rien, puisque je suivais déjà l’intégralité de mes cours à distance (Solène prépare le concours d’entrée à Sciences-Po). »

Garder la forme... et l’esprit d’équipe

En somme, votre quotidien est animé par deux moteurs : tenir le rythme scolaire et maintenir tant bien que mal votre niveau athlétique…

« Il ne nous reste plus que cela à faire. Nous ne sommes absolument pas dans un esprit « vacances » ou de relâchement. D'ailleurs, alors que nous coupons totalement lors de nos breaks, là nous ne cessons jamais de communiquer entre coéquipières, essayant de nous organiser des séances communes par exemple... Aujourd’hui, la priorité reste pour nous de nous sentir bien dans nos corps de sportives, à l’heure où la reprise sonnera. »

D'autant que vous aviez réalisé d'excellents résultats lors des différents rendez-vous internationaux...

« Nous sommes actuellement 6es au ranking mondial et 5 tickets pour Tokyo sont encore à délivrer. Avec le staff, nous avions réfléchi dès les derniers Mondiaux à une composition percutante et à un thème marquant, en perspective des Jeux. Rapidement, nous avons mis nos idées en commun et nous avons opté lors d’un stage dans le Sud pour… une chorégraphie sur le thème des zombies. »

Quelles ont été les premières impressions, lors de votre présentation du programme… juste avant le confinement ?

« C’est un thème unique, jamais réalisé et les retours bien que très rapides car juste avant la crise sanitaire lors de l'Open de France (début mars, 2e place des Françaises dans l’épreuve des équipes libres derrière l'Ukraine, NDLR), ont été particulièrement positifs. »

« Les JO en 2021 ? En fait, on envisageait tous les scenarii possibles… » 

Le 24 mars, le couperet est officiellement tombé : les JO sont donc reportés à 2021. Avez-vous toutefois des informations quant au déroulement du Tournoi de Qualification Olympique ?

« On se doutait que ce ne serait qu’une question de semaines avant que le verdict soit annoncé par le Comité International Olympique (CIO). On envisageait en fait tous les scenarii possibles : annulation, report en 2021 ou 2022. Voir le TQO (initialement prévu fin avril) se dérouler en 2020 serait étonnant. Déjà, car nous allons couper vraiment longtemps et je ne vois pas comment les équipes en lice pourraient être au top. On se pose d’ailleurs également la question du maintien des Championnats d’Europe (prévus fin mai à Budapest et potentiellement reportés à la deuxième quinzaine d’août, NDLR)…»

Voir l’objectif d’une carrière décalé d’une année remet évidemment en cause pour certains athlètes de potentiels arrêts. Comment allez-vous aborder ce nouveau mini-cycle qui s’annonce ?

« Je ne me permettrais pas de parler au nom de tous les sportifs, mais oui, des athlètes seront forcément concernés par ce cas de figure. Dans l’équipe, cela touche d’ailleurs directement une nageuse (Marie Annequin, 28 ans depuis février, qui envisageait ces Olympiades comme un ultime aboutissement). Avec tous les sacrifices qu’un cycle olympique implique, je l’imagine mal faire une croix sur tout cela… Le post-JO devait s’inscrire comme une année de transition, où l’on remettrait un peu plus l’accent sur les études. On attend les précisions et les décisions du staff concernant le planning pour 2021, mais clairement, on ne pourra pas enchaîner avec le même programme que celui des derniers mois. On ne tiendra pas, il va falloir tout réorganiser… et s’adapter en fonction. »

Crédit photo : FFN