fbpx
Fabien Rabeau : « Favoriser le côté ludique »

Fabien Rabeau, 38 ans, est un maillon essentiel de l’UCI Pro Team B&B Hotels-Vital Concept. En qualité de responsable de la performance, il veille à ce que les coureurs arrivent à leur pic de forme sur les différentes épreuves. Episode de Covid-19 oblige, le calendrier printanier est totalement chamboulé, les puncheurs et rouleurs se retrouvant confinés.

Comment continuer à s’entrainer, à se motiver aussi, dans ce contexte si particulier ? Fabien Rabeau nous livre son regard d’expert, depuis son domicile de La Chapelle-sur-Erdre.  

Fabien, pouvez-vous d’abord nous retracer votre parcours professionnel ?
Originaire de Nantes, j’ai toujours baigné dans le sport, puisque j’ai par exemple été sacré deux fois Champion du monde de roller course, sous les couleurs de l’ASTA Nantes (dernier trophée glané en 1997). Ensuite, je me suis expatrié à Dubaï pendant 10 années, où j’étais directeur exécutif d’une société tournée vers l’accompagnement des sportifs. J’ai collaboré avec des golfeurs, des tennismen, des triathlètes, ou encore dans l’univers mécanique. De retour en France, Jérôme Pineau (le manager de l’équipe), que je connaissais lorsqu’il évoluait encore sur le circuit, m’a proposé de rejoindre le Team B&B Hotels-Vital Concept, dès 2018. Depuis, je suis en charge de la performance de l’équipe fanion, mais aussi de la formation engagée en DN1 (14 coureurs du VCP Loudéac) et des juniors, pour assurer une continuité dans le suivi. 

Quelles sont précisément vos missions ?
Mon rôle est clairement défini : faire en sorte que nos coureurs arrivent en pleine santé et dans des conditions optimales sur chaque épreuve. Je travaille donc en étroite collaboration avec le staff médical ou encore les directeurs sportifs, mon activité est transversale. Aujourd’hui, le cyclisme professionnel est ultra connecté : on peut évaluer en temps réel les données des GPS, à savoir la fréquence cardiaque, les watts pour mesurer la puissance, le kilométrage, la durée de l’effort… Tous ces paramètres compilés représentent une mine d’informations. Je suis également épaulé dans mes fonctions par Anaël Aubry, consultant scientifique dans l’équipe. Nous effectuons ensemble un travail de l’ombre, en amont des courses.

Avec la crise sanitaire, on imagine que votre feuille de route se retrouve bouleversée. Allez-vous devoir par exemple revoir de A à Z votre programme, en termes de préparation physique ?
Absolument pas. Il y a deux façons d’appréhender la période actuelle : se montrer fataliste ou alors se dire qu’il s’agit d’un moment propice à l’entrainement, qui va nous servir à préparer des évènements clés. J’opte évidemment pour la deuxième option (sourire)… Il faut envisager ce confinement comme une opportunité de faire du volume, d’être proche de la famille, de se reposer aussi. L’idée directrice reste de tout faire pour sortir de cet épisode sanitaire avec une fraicheur mentale et physique. Evidemment, nous venons de traverser des semaines inédites, puisqu’il a d’abord fallu mobiliser nos coureurs, sans préparation spécifique, pour participer au pied levé à Paris-Nice, une course finalement écourtée. Dans la foulée, le planning de courses s’est considérablement allégé (26 courses annulées pour les Men in Glaz), notamment pour ceux qui s’apprêtaient à attaquer les classiques flandriennes… avant de rester à la maison. illustre home trainer

« Que les coureurs ne deviennent pas des lions en cage ! »

Qu’avez-vous préconisé à vos athlètes depuis la mise en place de cette quarantaine ?
Chacun a reçu tout un panel d’exercices à réaliser, accessibles sur notre plateforme d’entrainement. On table sur une vingtaine d’heures de travail par semaine. Fatalement, il y a moins de vélo, donc on a augmenté le travail physique. Chaque jour, des sessions athlétiques sont au menu, on relaye d’ailleurs leurs contenus sur le compte Twitter de l’équipe (gainage, coordination, force, vitesse etc.). Evidemment, des séances de home trainer personnalisées sont également programmées, une à deux fois par jour. Les cyclistes sur route ne sont pas forcément habitués à passer beaucoup de temps sur un home trainer, contrairement aux triathlètes par exemple. On essaie aussi de varier les ateliers, car l’idée c’est qu’ils ne deviennent pas des lions en cage ! Certains en profitent pour réaliser des exercices qui ressemblent au yoga, en fait des ateliers axés sur la souplesse et la récupération. Cela permet de bien se relâcher et d’éviter toute tension qui pourrait se révéler au fil de la saison. Deux préparateurs mentaux restent également à la disposition des garçons. On essaie de favoriser le côté ludique. Avant que vous m’appeliez, on a par exemple organisé une séance home trainer collective. Pendant plus de 2 heures, les juniors, les coureurs de la DN1 et les pros ont donc roulé ensemble, simultanément connectés. En ligne, notre grimpeur Pierre Rolland fédère d’ailleurs une sacrée communauté (NDLR : sur sa page Facebook, le double vainqueur d’étape sur le Tour de France réunit quotidiennement près de 1000 rouleurs-internautes, qui réalisent le même parcours que lui en direct !)

Quid de votre objectif phare de l’année : le Tour de France ?
A l’heure où l’on parle, le Tour de France est encore épargné (une annonce sera faite le 15 mai par les organisateurs, alors que l’UCI interdit les courses cyclistes jusqu’au 1er juin, NDLR). L’entame de saison a été tronquée pour nos coureurs, mais je le sais : ils se tiennent prêts pour réattaquer le plus tôt possible. Ils le savent : au moment où nous pourrons de nouveau concourir, il n’y aura pas de break. Je suis également certain que lorsque l’on va leur annoncer une date de repise, leur envie sera alors décuplée…