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Le foot français au bord du gouffre 

(Point de vue qui n'engage que l'auteur)

Le foot français va mal. Entre une crise sanitaire qui n'en finit pas, privant les clubs de leurs recettes de match. Et le fiasco de la ligue dans le choix hasardeux du diffuseur Mediapro -privant les clubs des droits TV annoncés- le football professionnel et les clubs n'ont plus le choix : confrontés à de graves difficultés financières, ils vont devoir vivre avec moins. À commencer par revoir à la baisse les salaires des joueurs. Sujet tabou il y a encore quelques mois, le sujet est désormais sur toutes les lèvres. 

La situation traversée par le foot  accouchera-t-elle du pire ?  Peut-être. Mais pas forcément. Avec en tous les cas, une opportunité de réfléchir et de remettre un peu d'éthique et d'ordre dans un système ou les valeurs financières pésent davantage que les valeurs sportives.

Selon une étude diffusée en février 2020 par le journal l'Equipe, le salaire moyen estimé d'un joueur de football en Ligue 1 était de 94 000 euros par mois. Une moyenne faussée par les rémunérations irréalistes des joueurs du PSG (>1 000 000 euros mensuels). Le salaire médian, élément plus réaliste, serait de 35 000 euros (cela signifie que la moitié des joueurs de Ligue 1 gagnerait plus de 35 000 euros, et l'autre moitié gagnerait moins de 35 000 euros). En Ligue 2, le salaire moyen chuterait à moins de 11 000 euros, et le médian à 8 500 euros.

"Le talent justifie-t-il de tels salaires"

Des salaires énormes -comparés au salaire médian en France : 1 800 euros- et qui apparaissent forcément disproportionnés et indécents* pour bon nombre de français davantage encore dans un contexte de crise et de chomage. (*En 2012 déjà, un sondage réalisé par l'IFOP indiquait que 86% des français estimaient que la place de l'argent dans le sport était trop importante). La question pouvant être de savoir si le talent d'un footballeur justifie à lui seul des sommes aussi astronomiques, comparées par exemple à celles gagnées par un chef d'entreprise, une infirmière, un enseignant, un artisan, un commerçant... dont l'utilité sociale et économique sont à priori plus essentielles. (Encore qu'il y aurait beaucoup à méditer sur la notion "d'essentiel"). Tout comme la hiérachie de la notion de talent entre un footballeur par rapport à celui d'un gymnase, d'un volleyeur, d'un pongiste.. Des talents qui ne se monnayent pas de la même manière.

"Éthique et sport professionnel ?"

Au-delà des salaires exponentiels -qui ne sont d'ailleurs pas le fait des joueurs- c'est sans doute tout un système qui mérite réflexion. Celui d'un sport qui a rejoint l'économie de marché et de toutes ses dérives. Où la quête et l'excès d'argent autorisent des pratiques qui ne font pas bon ménage avec le sport, et les idées et valeurs qu'on s'en fait. Où celui qui a de l'argent peut s'acheter les meilleurs joueurs et piller les centres de formation des clubs qui ne peuvent pas rivaliser. On une seule personne -parce qu'elle a l'argent- peut décider pour le meilleur comme pour le pire. On pourrait aussi parler du dopage, des tentatives de corruption, des matches truqués, mais aussi des "jeunes talents et de leurs familles" parfois achetés dés l'âge de 12 ans en promesse d'un retour financier (pour l'acheteur) à moyen terme. Du rôle de certains agents de joueurs (ou de change) comme on voudra. De cette cupidité toujours plus forte d'un système et de certains dirigeants de football qui relèguent l'éthique mais aussi le public au second plan.

"Des supporters relégués au statut de client"

Un public réduit au statut de client depuis une vingtaine d'années avec le passage forcé et encouragé des clubs,  du statut d'association loi 1901 au statut de SAOS (Société anonyme à objet sportif) et/ou SASP (Société anonyme sportive professionnelle). Adieu le club de football, considéré jadis comme "un patrimoine commun" ou chacun pouvait apporter sa contribution. Et bienvenue au club PME érigé au statut de "produit et de marque". Une économisation à outrance qui a dénaturé le rôle social du club et la place des supporters. Des supporters précisément qui en 1990 contribuaient à 80% (grâce aux abonnements et aux entrées du stade) aux ressources du club. Et qui en 2021 n'en représentent plus que 10%. Autant dire à peine la surface de réparation à l'échelle d'un terrain.

Alors baisseront ou baisseront pas ? La question des salaires n'est sans doute pas la seule question. On aimerait surtout que nos seigneurs du foot méditent un peu plus sur le rôle social du foot et sur cette fable de Jean de La Fontaine  "La Grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le Boeuf. "