fbpx
L’actualité du sport nantais, 100% GRATUIT Version papier & numérique
Slider
Comment le foot pro fait face à la crise

Euro reporté (11 juin-11 juillet 2021), Coupes d’Europe suspendues, championnats nationaux pour le moment en suspens, joueurs au chômage partiel : l’écosystème footballistique est évidemment frappé de plein fouet par la pandémie de Covid-19.

Contexte, conséquences économiques ou encore solutions proposées : on vous propose un état des lieux, aux multiples enjeux.
La Ligue 1 au point mort : quelles options envisagées ?

Ça ne s’invente pas : ce que l’on craignait a été officialisé… un vendredi 13. Le 13 mars donc, le Conseil d’Administration de la LFP a décidé à l’unanimité de suspendre les championnats de Ligue 1 Conforama et de Domino’s Ligue 2, et ce jusqu’à nouvel ordre. Le PSG leader, l’OM dauphin et Rennes, juché sur la 3e marche du podium : voici donc la dernière photographie de notre championnat domestique, qui compte encore 10 journées à disputer.
En dessous, nettement plus bas, le FC Nantes occupe le 13e rang (décidément, encore ce chiffre…). Voici donc pour le tableau, mais quid du futur scénario ? Vite, trop comme souvent, Jean-Michel Aulas a évoqué dès… le 13 mars l’idée d’une « saison blanche ». Ce qui revenait à tout annuler et à repartir sur la situation du début de saison. En somme, l’OL (7e… mais 3e la saison passée), grimpait alors comme par magie dans le top 3, récupérant son siège européen !
Une semaine après avoir essuyé les critiques de 99% des acteurs de L1, le dirigeant lyonnais a rétropédalé sur les ondes de RTL, en avançant un plan B : « Il faudrait laisser tomber la C1, les finales de Coupes et les matches internationaux, pour se consacrer uniquement sur le championnat. L’important est de ne pas se mettre en retard par rapport à la saison prochaine, une saison très importante économiquement, en termes de droits TV notamment. »
Alors, reprendra, reprendra pas ce championnat ? Si oui, quand ? Joueurs, entraineurs, présidents, supporters : tout le monde y va de son pronostic. Mais il ne faut jamais omettre une donnée : le conditionnel reste de rigueur, puisque personne ne peut aujourd’hui deviner à quel moment s’arrêtera définitivement le confinement.
Noël Le Graët, Président de la Fédération Française de Football, plaide pour boucler le championnat, mais avec une réserve : à ses yeux « terminer le 30 juin paraît impossible ».

Christian Gourcuff : « Décaler le début de la saison prochaine au mois de février »

D’autres visages familiers de l’élite française vont plus loin, à commencer par Christian Gourcuff. Dans la lignée d'André Villas-Boas (coach de l’OM) ou encore de Jean-Pierre Rivère (président de l’OGC Nice), l’entraineur des Canaris propose de totalement repenser le calendrier. Le stratège des Jaune et Vert réclame « une modification profonde des mentalités », à l’échelle européenne, et plaide pour que le début de la saison 2020-2021 soit décalé « au mois de février », notamment en perspective du prochain Mondial, organisé au Qatar (21 novembre-18 décembre 2022). Dans cet entretien – instructif – à l’AFP, le maitre à jouer de La Jonelière livre le fond de sa pensée : « Le foot est un sport d'été. En hiver, on joue dans des conditions épouvantables, y compris pour les spectateurs. » Les habitués de La Beaujoire, présents lors de la réception du voisin angevin, le 21 décembre dernier (1-2), ne diront pas le contraire !

En Allemagne, retour à l’entrainement anticipé

En attendant, une dernière tendance se dégage, à l’heure d’attaquer ce mois d’avril, d’ores et déjà en péril. La LFP a tracé un fil conducteur (idéal, mais là encore pour le moment fictif) : la reprise des entraînements serait envisagée pour début mai, suivra un petit mois de préparation physique avec entraînement collectif, et une fin du championnat qui s'étalerait du 1er juin au 15 juillet. Jouable ou pas ? L’avenir nous le dira, en fonction des aléas. A l’étranger, même si la situation sanitaire allemande n’est pas comparable avec la crise traversée dans l’Hexagone, le Borussia Dortmund a opté pour une alternative : une reprise progressive, dès le 30 mars dernier. Dépistés avant chaque séance, les joueurs du BVB ont été convoqués deux par deux, à des horaires bien étalés, afin de ne pas croiser les autres duos. Une piste à creuser ?
Quoi qu’il en soit, avant de réattaquer les soirées de championnat, il faudra bien que les acteurs de L1 soient athlétiquement opérationnels. Combien de jours, de semaines de prépa en perspective ? Sur cette question aussi, il y a débat. Si certains préconisent de ne pas reprendre trop rapidement pour éviter les pépins, d’autres se montrent nettement moins précautionneux. A l’image de Carlo Ancelotti, le coach d’Everton, qui livre sa version, sans concession, dans les colonnes du Corriere dello Sport : « Ce sont des conneries de dire qu'il faudra trois semaines de préparation. C'est une blague. La préparation est un faux mythe. L'été, après 8 jours, on est déjà en voyage en Orient ou aux États-Unis. On s'entraîne en jouant. L'important est que la date de reprise soit la même pour tous ». C’est dit !

Salaires, transferts, droits TV : les impacts
L'association européenne des clubs (ECA), qui regroupe plus de 200 membres, n’y est pas allée par quatre chemins pour planter le décor. Dans un document, signé Andrea Agnelli, patron de la Juventus Turin et de l'ECA, il est stipulé que le football professionnel est aujourd’hui confronté « à une menace existentielle. Le football est maintenant à l'arrêt, tout comme nos sources de revenus, dont nous sommes dépendants pour payer nos joueurs et nos staffs. »
A l’échelle hexagonale, ce constat sans détour a été relayé par Bernard Caïazzo. Sur les ondes de France Bleu, le 22 mars dernier, le président du syndicat Première Ligue, représentatif des clubs de Ligue 1, a dressé un premier bilan… alarmant. « Actuellement, l'ensemble des clubs perd environ 250 millions d'euros par mois. Je suis très, très, très inquiet pour tous les clubs. Sans aides de l'État, d'ici six mois, c'est la moitié des clubs pros qui dépose le bilan. Les cinq grands championnats européens ont déjà perdu quatre milliards d'euros, le championnat français entre 500 à 600 millions… », a détaillé froidement le dirigeant stéphanois. En creusant, effectivement, ce sont toutes les strates de cette économie si spécifique qui se retrouvent impactées.
Si, à l’étranger, les joueurs ont souvent consenti à baisser leur salaire (Juve, Barça, Bayern Munich etc.), en France bon nombre de clubs ont eu recours au chômage partiel (PSG, OM, Reims, Monaco, Nice, Brest, Amiens…). Ce dispositif permet de ne pas payer de cotisations sociales, salariales et patronales. Quant aux joueurs, ils touchent 84 % de leurs revenus nets, l’Etat compensant dans la limite de 4 850 euros. Evidemment, des disparités (parfois énormes) vont subsister.

La valeur des joueurs potentiellement en baisse de 28%...

Autre effet boule de neige : l'Observatoire du football CIES révèle, dans sa lettre hebdomadaire datée du 30 mars, que la valeur totale des effectifs des 5 grands championnats européens chuterait de 28%, si aucun match n'était joué, ni qu'aucun contrat n'était renouvelé d'ici à la fin du mois de juin. La plus forte perte concerne les footballeurs plus âgés, avec des contrats relativement courts et ayant moins joué cette saison que lors de la précédente. En guise d’exemple, la valeur estimée de Paul Pogba diminuerait presque de moitié, passant de 65M€ à… 35 M€ !
Sur la scène européenne, l’OM serait le club qui connaîtrait la plus grande perte potentielle, voyant la valeur de son effectif dégringoler de 256 à 159 millions d'euros (-37,9%)… Plusieurs clubs français limiteraient la casse, à l’image du FC Nantes, qui ne perdrait « que » 24,6 % de la valeur de son effectif (de 126 millions avant la pandémie à 95 millions potentiellement, fin juin).

Canal + au cœur d’un imbroglio

Autre casse-tête : les droits TV. La L1 étant à l’arrêt, Canal +, qui dépense 558M€ par saison pour diffuser la L1, refuse tout bonnement de s’acquitter du dernier versement, à savoir 110 millions d’euros, qui devait intervenir le 5 avril prochain ! Les patrons de la chaine cryptée ont informé la LFP de cette position particulièrement ferme. « Il n'est pas envisageable que nous payions les échéances à venir, alors même qu'en raison de la suspension du Championnat de Ligue 1, aucun match ne peut être joué et, par suite, diffusé sur nos antennes », a communiqué le groupe dirigé par Maxime Saada, qui fait valoir une clause du contrat, qui stipule que le diffuseur ne paye que les matchs effectivement livrés. Avec cette crise, le « deal » passé à l’origine n’est plus valable, puisque la fréquence des rencontres devrait augmenter, en cas de reprise (matches tous les 3 jours par exemple)… Reste à connaitre désormais la posture de beIN Sports, l'autre diffuseur de la L1, qui doit régler 42 millions d'euros, toujours le 5 avril... Et quid, à plus long terme, de la position du futur diffuseur Mediapro, si la reprise du prochain championnat était décalée ?
Evidemment, le coup est difficile à encaisser pour les présidents de L1, puisque les droits TV représentent en moyenne 36% du budget des clubs. Déjà privés de billetterie (grand public comme VIP), dans le flou concernant le prochain mercato et dans une position délicate vis-à-vis de leurs sponsors, les patrons de L1 se retrouvent donc dans un embarras généralisé.
Une conjoncture épineuse qui dépasse largement le cadre de nos frontières. En cas d’annulation de la fin de saison, la Premier League anglaise serait par exemple contrainte de verser jusqu’à 837 millions d’euros à ses deux médias diffuseurs. Chez nos voisins italiens, déjà touchés dans leur chair par le Covid-19, les clubs de Serie A cumuleraient déjà … 2,5 milliards d’euros de dettes, ce qui les fragilise donc très dangereusement, au moment d’affronter les impacts de la crise. En cas d’arrêt définitif du championnat, c’est tout un système qui pourrait donc imploser. Bien au-delà de la France, clairement, il s’agit bien d’un état d’urgence…

La solution de Waldemar Kita…

Dans une interview accordée au site News Tank début avril, le président nantais, membre du conseil d’administration de la LFP, a formulé une proposition... qui devrait particulièrement alimenter le débat. « J'ai fait une proposition dans un groupe de travail de la LFP : reprendre l'entraînement le 15 avril au moins jusqu'au 15 mai, après on verra ce que ça donnera. Je propose que les joueurs soient enfermés dans un campus comme pour une préparation d'avant-saison, avec un contrôle médical préalable. Tout le monde doit être contrôlé : les joueurs professionnels, le staff technique et le corps médical. Et il n'y a personne d'autre ! Pourquoi est-ce que je parle du 15 avril ? Parce que ça correspond aux statistiques que j'ai vues pour d'autres pays : Chine, Corée du Sud, Japon... Et je vous signale que des clubs allemands reprennent l'entraînement ». Le boss des Canaris a le mérite de vouloir défendre bec et ongles les intérêts du football français, mais pas certain que sa démarche suscite l’unanimité.