Dans les coulisses de l’organisation d’un match du FC Nantes Féminines à La Beaujoire
Budget, communication, logistique, adaptation au public féminin, la gestion d’un déplacement des Jaunes et Vertes dans le grand stade implique une préparation totalement différente pour les équipes du club que lors d’un rendez-vous à Marcel Saupin.
Au FC Nantes, tout le monde met la main à la pâte lorsqu’une rencontre des Canaries se profile à La Beaujoire. L’équipe annuelle menée par Nathalie Querouil, chargée de communication, et Nicolas Menard, manager des féminines, se met en lien avec la section masculine pour assurer l’organisation de ces rendez-vous particuliers dans le calendrier féminin. Visuels sur l’écran géant, organisation des panneaux LED, offres commerciales, services billetterie, marketing, « nous avons beaucoup plus d’échanges avec les services du club que pendant les autres périodes de l’année », confirme la responsable de communication. Même si ces affiches se veulent inoubliables, le contexte économique du football féminin ne permet pas de dépenser sans compter pour ces événements ponctuels. « Le but, c’est de faire la meilleure affluence tout en gardant un côté économique », explique Nicolas Ménard. « On ne va pas avoir un show exceptionnel. L’idée, c’est d’arriver à l’équilibre ou de gagner de l’argent pour dupliquer ces événements ». Avec un budget annuel de 3 millions d’euros, la section féminine s’attarde sur chaque dépense et les problématiques sont différentes de celles des rencontres masculines comme l’atteste Nathalie Querouil : « Nous savons que notre public n’est pas le même que celui des garçons. Ça permet de savoir où il faut mettre de l’argent. Nous n’allons pas dépenser plusieurs milliers d’euros dans la fan zone alors que le public ne vient que 15 minutes avant le coup d’envoi. A peine quelques centaines de personnes en profiteraient. Sur l’aspect sécurité aussi, nous réalisons des économies. Le public reste très calme alors nos dépenses sont plus faibles ». Avec un budget pour une rencontre qui peut varier « du simple au double » d’après le manager de la section féminine en fonction de l’affluence, l’objectif est d’être « en positif à la fin de l’année en accueillant 4 matchs à La Beaujoire cette saison. En faire plus ne serait pas viable financièrement ».
« Ça nous coûte cher d’ouvrir une tribune »
Avec une affluence de 9 000 supporters contre Montpellier, plus de 10 000 lors d’autres rencontres, l’ouverture des tribunes est un autre aspect essentiel. « On nous demande souvent pourquoi on n’ouvre pas la Tribune Loire », déclare la responsable de communication. « Ça nous coûte cher d'ouvrir une tribune pour ne mettre que 500 personnes dedans. Par exemple, contre Montpellier, on n’a pas ouvert la tribune Erdre parce que nous ne l’aurions pas assez remplie ». A l’extérieur du stade aussi, les différences sont marquantes, renforcées par un public plus familial que chez les garçons. La bière laisse place aux boissons softs dans les buvettes, les tarifs enfants se multiplient et demandent plus d’organisations pour vérifier les billets à l’entrée des portes. A chaque rendez-vous, les équipes du club apprennent de leur public : « Il y a 2 ans, le premier match à la Beaujoire a servi d'exemple. Avant ce match-là, on avait fait des enquêtes de satisfaction pour connaître notre public. On a découvert que les gens viennent plutôt à la dernière minute. Ça implique plus de signalétique parce que ce sont souvent des gens qui ne connaissent pas le stade ». Un public différent qui modifie l’ambiance du stade. « Elle n’a rien à voir ! », soutient Nicolas Ménard. « On a un début de championnat difficile mais à aucun moment les supporters vont être en colère. Ça n’existe pas dans le foot féminin. Ils vont attendre de voir ce que l'équipe dégage en termes de valeurs pour s’attacher à elle. L'année dernière, après la défaite contre le PSG, le public restait fier de l'équipe ». Avec des prix parfois inférieurs à 10 €, voir le FC Nantes Féminin à La Beaujoire, c’est une expérience unique, qui détonne avec celle vécue lors d’une rencontre des garçons.
4 rencontres à La Beaujoire cette saison ?
Et ce ne sera pas la dernière fois de l’année. La section féminine espère venir à 4 reprises à La Beaujoire cette saison. Encore inconnues, les dates de ces prochains rendez-vous dépendent d’une organisation complexe. « Il y a une discussion entre les clubs et les ligues (LFP et LFFP) pour répondre aux problématiques », explique la chargée de communication du club. « Le Havre ou l’OL Lyonnes jouent tous les week-ends dans le même stade que les garçons. La Ligue essaie de réduire le plus possible les weekends où les deux jouent au même endroit. De notre côté, on indique combien de matchs on veut jouer à la Beaujoire dans la saison. On trouvait cela intéressant d’avoir un premier match dès le début de la saison, un deuxième autour du mois de janvier et un autre plus tard. On ne peut pas se permettre d’avoir 2 rencontres à La Beaujoire en octobre. Nos deux événements entreraient en concurrence et le public ne viendrait pas. Pour cette saison, en pleine trêve internationale chez les garçons, on trouvait idéale la réception de Montpellier pour notre première sortie ». Une programmation qui dépend également de l’ordre de priorité des télévisions. L’Arkéma Première Ligue passe après la Ligue 1, la Ligue 2, la Ligue des Champions ou encore la Première League anglaise pour Canal Plus qui diffuse aussi le championnat féminin. Toujours est-il que le succès de ces rencontres événementielles pour le FC Nantes reste assez unique en France et en Europe dans le football féminin. Si Marseille a rempli le Vélodrome avec 35 000 personnes avec une entrée gratuite la saison passée, les « clubs ont du mal à dépasser les 5 000 personnes dans un stade », souligne Nicolas Ménard. « Aujourd’hui on est un peu des OVNI dans le paysage du foot féminin ».
Thibault Marchand

