Waldemar Kita : Bientôt la fin d'une histoire sulfureuse
L’homme d’affaires franco-polonais serait en passe de laisser les clés de la présidence du FC Nantes, puisqu’un processus de vente est même engagé. Transferts clinquants, improbables ou suspects, affaires judiciaires, affaire Sala, projet du Yellow Park, bilan sportif décevant, Coupe de France, descentes, Europe, coups de gueule et relations tendues avec les supporters, les entraîneurs, les médias et la Ville, retour sur 19 années très agitées.
Tout avait démarré le 28 juillet 2007, date de la prise de fonction de Waldemar Kita à la présidence du FC Nantes. Alors que le FC Nantes est relégué pour la première fois depuis 1963 à l’issue de la saison 2006-2007, Serge Dassault, propriétaire du club depuis 2004 et son rachat du groupe Socpresse, cède le FC Nantes à l’homme d’affaires franco-polonais. Déjà connu dans le monde du football pour avoir amené le Lausanne-Sport à la faillite, club suisse dont il a été le propriétaire de 1998 à 2001, Waldemar Kita prend la tête du FC Nantes.
Larièpe, Praud, Robin, les premiers et seuls dirigeants sportifs du FC Nantes sous Kita
Dès son arrivée, il nomme plusieurs hommes pour l’accompagner. Le premier, Christian Larièpe occupait déjà le poste de directeur sportif du club suisse en 2000-2001 lorsque Waldemar Kita en avait la présidence. Directeur sportif de l’ASSE après la faillite du club en 2002, il occupe le même poste au FC Nantes en suivant son compagnon d’affaires. Il fut même entraineur intérimaire au premier départ de Michel Der Zakarian en 2008 avant de quitter le club peu après.
Dans ses bagages, Waldemar Kita nomme en tant que conseiller en charge de la communication, Pascal Praud, un nom qui résonne toujours en 2026. Figure médiatique de l’extrême droite en France, le journaliste a occupé ce rôle pendant un an avant de devenir directeur général délégué entre janvier 2008 et février 2010. Un rôle dans lequel il s’est lui-même qualifié de « mauvais » dans un entretien accordé à L’Equipe en 2025, ne sachant pas « dire à quoi ressemblaient ses journées ».
Joueur du FC Nantes entre 1965 et 1969, Claude Robin est le troisième nom qui débarque à la direction du club avec Waldemar Kita. Dirigeant de Lausanne Sport lors du rachat du club suisse, celui qui était ami avec l’homme d’affaires devient l’un des deux directeurs généraux délégués du FC Nantes en 2007, en charge de l’administratif et du sportif. Lui aussi quitte le club au début de l’année 2010.
Ces 3 hommes furent les derniers à occuper les postes de directeur sportif ou directeur général délégué avant la prise de fonction de Franck Kita. Alors âgé de 28 ans, le fils du propriétaire du club et son père prennent la direction et la charge du recrutement. Le début d’un modèle qui va perdurer. Durant les trois premières années de direction, six entraineurs se succèdent. Annonciateur, là aussi, des va-et-vient incessants sur le banc des Canaris sous la présidence de Waldemar Kita.
La justice jamais loin des transferts du FC Nantes
A l’hiver 2012, Ismaël Bangoura, révélé en Ligue 1 au Mans en 2005-2006, revient en France après plusieurs expériences en Ukraine, à Rennes et aux Emirats Arabes Unis. Transféré dans les dernières heures du mercato, son contrat n’est pas homologué par la LFP car son ancien club d’Al Nasr Dubaï n’a pas autorisé le joueur à partir. Poursuivi par le club émirati pour rupture unilatérale de son contrat, le joueur et le FC Nantes sont condamné à payer une indemnité de 4,5 millions d’euros au club émirati. Le club nantais est interdit de tout transfert dans une période d’un an, qui ne sera effective qu’à partir de juin 2014.
Sans directeur sportif officiel, les dirigeants nantais ont recours à plusieurs agents de joueurs dans leurs recrutements. C’est tout d’abord Mogi Bayat, agent franco-iranien, qui relie son nom au FC Nantes et à la justice. Le directeur sportif officieux du club était l’un des proches de la famille Kita et intervenait comme intermédiaire dans de plusieurs transferts des Canaris depuis 2015. En 2018, il est placé en détention par le parquet fédéral belge dans l’affaire de soupçons de transferts frauduleux.
En juin 2023, c’est au tour de Franck Kita et de deux agents proches du club, Bakari Sanogo et Joaquim Batica, d’être mis en examen pour blanchiment et exercice illégal de l’activité d’agent sportif entre 2015 et 2018. Clôturé en septembre 2026, l’enquête avait mis en évidence que le FC Nantes « aurait eu recours de façon récurrente, à partir de 2015, à l’emploi d’agents sportifs non autorisés », d’après le Parquet de Rennes, confirmant la mise en examen des 3 hommes il y a moins d’un mois.
La pire période sportive de l’histoire du club
Sur le terrain, le FC Nantes remonte dès la première saison de l’ère Kita. Un bonheur de courte durée puisque les Canaris redescendent dans la foulée avant de s’enterrer plusieurs saisons en Ligue 2, marquant le début de premières tensions avec les supporters. Les Jaunes et Verts passant même proches d’une relégation au troisième échelon dès leur retour en deuxième division en 2009-2010. Après 3 saisons de galères en Ligue 2, Waldemar Kita choisi Michel Der Zakarian, l’entraineur de ses débuts, à l’aube de la saison 2012-2013 dans une mission remontée qu’il mènera avec succès.
Seul entraineur à être resté plus de 3 saisons d’affilée au club, le technicien franco-arménien parvient à stabiliser le FC Nantes dans l’élite jusqu’en 2015-2016 en terminant entre la 13e et la 14e place. Honorable pour un club qui connait ensuite une première belle période sous l’ère Kita. 7e de Ligue 1 en 2016-2017 avec Sergio Conceicao puis 9e en 2017-2018 avec Claudio Ranieri, le FC Nantes ne joue plus la relégation pendant 2 saisons.
Le club se prend même à rêver d’un retour du jeu à la nantaise avec l’arrivée de Miguel Cardoso en juin 2018. Un son de cloche qui reviendra tous les étés à La Jonelière. De même que le sort du coach portugais, licencié après seulement 8 rencontres à la tête des Canaris. 12e puis 13e les deux saisons suivantes, le FC Nantes frôle une première fois la descente en 2020-2021 après une saison où se succèdent au poste d’entraineur Christian Gourcuff, un certain Raymond Domenech et Antoine Kombouaré.
Le Kanak sauve les Jaunes et Verts lors du barrage retour contre Toulouse cette saison-là. Seul coach avec Michel Der Zakarian à rester plus de 2 ans sur le banc des Canaris, Antoine Kombouaré mène ensuite les Nantais vers leur plus belle période sous l’ère Kita. Une saison terminée à la 9e place avec une victoire en Coupe de France en 2021-2022 suivie d’une campagne européenne qui voit le FC Nantes se faire éliminer par la Juventus de Turin en Ligue Europa avant une deuxième finale de coupe nationale et une humiliation 5-1 face à Toulouse.
Remplacé à peine un mois après, l’entraineur kanak n’assiste pas au premier maintien in extremis des Canaris, lors de la dernière journée contre Angers en 2022-2023. Proche de descendre les 2 saisons suivantes, c’est finalement en 2025-2026 pour la 13e saison consécutive dans l’élite que le FC Nantes est relégué. Cette rétrogradation entraine une lassitude de Waldemar Kita à sa tête qui pourrait bien mener le FC Nantes vers un changement de propriétaire.
Alors que l’homme d’affaires franco-polonais entame sa 20e saison à la tête du club, son bilan est faible comparé à l’histoire du club : 2 descentes sportives, 1 trophée en 19 ans, des batailles répétées pour le maintien, des affaires en justice, une direction sportive absente, un désamour prolongé des supporters. Qu’elle parte ou reste, la famille Kita sera devenue la plus longue présidence du club, bien loin de devenir la plus glorieuse.
Thibault Marchand

