FC Nantes : Faouzi Amzal : « Mon approche, c’est de mettre l’humain au centre du projet »
Ancien gardien de CFA 2, puis de Nationale 1 en étant passé par plusieurs clubs de région parisienne, l’entraineur des gardiens du FC Nantes occupe ce rôle depuis ses 17 ans. En parallèle de sa fin de carrière de joueur, il a commencé dans le monde professionnel au Red Star où il est resté plus de 10 ans. Un club où Faouzi Amzal a notamment exercé sous les ordres d’un certain Grégory Poirier avant leurs arrivées respectives à Nantes.
Tu as fait quasiment toute ta carrière en région parisienne avant de venir à Nantes en juillet 2025…
Ça a toujours bien fonctionné pour moi sur la région parisienne. J'ai travaillé dans des clubs comme l’ACBB et Versailles, qui sont très performants chez les jeunes. J'ai développé des académies dans ces clubs-là tout en continuant à entraîner en parallèle au Red Star. Quand l'opportunité de venir à Nantes s'est présentée, ça a été un vrai déchirement. Quand on reste une quinzaine d'années dans un club comme le Red Star, au-delà du sportif, il y a de l'humain et on s'attache aux gens. Je suis parti en laissant derrière moi des gens que j'appréciais beaucoup. C'était le moment pour moi de découvrir autre chose. Nantes est un club qui ne se refuse pas à travers son histoire, la ferveur que le club engendrait quand il venait à Paris. En venant ici, je n'ai pas été déçu. J'ai trouvé une famille, des gens qui m'ont accueilli, dans l'académie, le médical, les intendants, le management. Je me suis senti tout de suite très à l'aise. Malgré une saison très difficile l’année dernière, j'ai vécu une aventure humaine avec les gardiens, Alexis Mirbach, Patrick Carlgren et Anthony Lopes. On a réussi à créer une cohésion qui nous a permis d’affronter les péripéties, avec les changements d'entraîneurs et des résultats qui ne correspondaient pas à nos attentes.
« Malgré une saison très difficile l’année dernière, j'ai vécu une aventure humaine avec les gardiens »
Quel est le rôle d’un entraîneur des gardiens ?
Quand on a des gardiens qui sont déjà performants et qui maîtrisent beaucoup de choses sur le plan technique, tactique, physique, ce qui est important, c'est d'abord de mettre de l'humain dans notre travail. Le but, c’est qu’ils prennent du plaisir quand ils viennent à l'entraînement. Mon rôle, c'est de leur faire ressentir que je suis là pour eux, quelles que soient les situations. Le poste nous expose à ça. Quand l'équipe prend un but, on regarde tout de suite la performance du gardien. Il faut vivre avec ça. Pour moi, ce qui est important, c'est l'accompagnement humain. Une fois qu'on a créé cette relation de confiance, on va progresser techniquement, physiquement et tactiquement. Il faut créer une cohésion entre les gardiens pour qu’il y ait une solidarité, que tous soutiennent celui qui joue. Je m'attache à considérer les gardiens qui ne jouent pas afin qu’ils se sentent complètement acteurs du projet, pour qu’ils vivent pleinement leur saison. Si le 3e gardien n’a plus d’énergie, il va transmettre ça aux autres et ça se répercute sur l'entraînement, sur la performance du numéro 1. Ça permet aussi de le mettre dans les meilleures conditions s’il devait jouer demain. L'humain prend une place importante.
« Je me suis toujours attaché à m'adapter dans le travail et en tant que personne tout en restant moi-même »
Avec l’arrivée de Grégory Poirier, tu retrouves un coach que tu as connu au Red Star…
On a gardé de très bons contacts. Il y a eu un très bon feeling quand il est arrivé au Red Star. J’étais déjà là depuis longtemps. Ce n'est jamais simple pour moi non plus quand un coach arrive. Il doit accorder sa confiance à quelqu’un qu’il ne connait pas. Les coachs sont attachés à la loyauté. C'est à moi de montrer au quotidien la fidélité que je peux avoir dans mon travail. Avec Grégory, on a passé des très bons moments au Red Star. J’étais épanoui dans mon travail. Je sais comment il fonctionne, ce qu'il veut, comment il pense. J'ai gagné beaucoup de temps parce qu’on était connecté tout de suite. Je connais son exigence, sa volonté, son sens du détail, la manière dont il va préparer les matchs.
Tu es là depuis une saison mais tu as déjà connu 5 entraineurs. Comment tu t'adaptes à un changement d'entraineur ?
Chacun a sa méthodologie d'entraînement, son fonctionnement dans l'organisation des séances. Chaque coach arrive avec ses idées, ses principes. Etant identifié club, je me dois d’être humble et de me remettre en question pour répondre aux attentes et aux envies d’un nouveau coach. Je fais en sorte que les gardiens soient prêts à répondre aux attentes collectives. En fonction de ce que le coach demande, ça modifie l'approche de l'entraînement sur un certain nombre de choses, notamment les relances. Si un coach veut relancer court, je ne vais pas demander à mes gardiens de jouer long toute la semaine. A Nantes, il y a eu 5 coachs avec 5 personnalités différentes. Je dois rester humble pour m’adapter. Mon rôle d'entraîneur des gardiens veut ça. J'ai fait 15 ans en Red Star. Beaucoup de coachs sont passés. Je me suis toujours attaché à m'adapter dans le travail et en tant que personne tout en restant moi-même. L’entraineur des gardiens a souvent un fort ancrage dans le club. Les coachs viennent souvent avec un préparateur physique, plusieurs adjoints et c’est tout. Les clubs tiennent à avoir une base solide pour qu’il y ait des repères à l’arrivée d’un nouveau staff.
« A chaque fois qu’un coach part, c'est un déchirement pour moi »
Les entraineurs des gardiens survivent souvent aux changements de coach. Comment vis-tu ces moments ?
A chaque fois qu’un coach part, c'est un déchirement pour moi. Quand Michel Der Zakarian est parti, c’était difficile. C’est le cas à chaque fois. Au-delà de la passion qui nous anime sur le terrain, en dehors, des relations se créent. On s'attache aux gens, tant le coach que le staff. On échange beaucoup parce qu'on travaille dans les mêmes espaces. C'est toujours difficile quand on met de l’humain. Au très haut niveau, on voit des entraîneurs qui arrivent, d'autres qui partent, même à mon poste. Ça fait partie du métier. C’est ma passion mais ce qui m'anime avant tout, c'est l'humain. Ce sont des moments émouvants. J’ai la même relation avec mes gardiens qu’avec mon staff. Certaines décisions ne nous appartiennent pas. On doit faire avec mais c’est dur. Il y a toujours des moments d'adaptation. Il faut vite passer à autre chose parce qu’il faut avoir la bonne énergie quand un staff arrive. Les nouveaux ont besoin de s'appuyer sur des gens qui n'ont pas la tête dans le sac. A travers ça, une partie de moi n'oublie pas qu’un staff est parti.
Tu as joué jusqu’à 44 ans. Gardien, c'est un poste où souvent, il y a des joueurs assez expérimentés. Quels avantages vois-tu à la jeunesse et à l'expérience ?
Le gardien d'expérience arrive à utiliser tout ce qu'il a vécu pour le mettre au service de la performance et de la compétition. Il est capable de gérer les moments difficiles d'une saison, qu’ils soient collectifs ou individuels. Le gardien d'expérience est capable de surmonter ses erreurs. Le jeune a une part d'insouciance. Il est moins marqué par les événements contraires parce qu'il mesure moins l'importance de des choses. Mais quand un doute s'installe, c'est plus compliqué de passer au-dessus. Il ramène aussi beaucoup de fraîcheur, une bonne énergie. Il sait qu'il a des choses à aller chercher. Ses ambitions bousculent la hiérarchie à un moment donné. Le bon équilibre dans un groupe de gardiens, c'est d'avoir un mélange. Le jeune gardien va profiter de l'expérience du gardien plus âgé. Avoir un gardien d'expérience, ça permet d'emmener le groupe de gardiens de but, mais aussi d'avoir un leadership dans le vestiaire. Un gardien se doit d'être un leader, d’imposer des choses à ses partenaires, notamment à sa ligne défensive. Pour ça, il faut de la personnalité. Ce n'est pas toujours simple quand on a 20 ans de dire à des joueurs d’expérience comment défendre ou faire preuve d'autorité.
« C'est très rare de vivre une saison pleine en tant que gardien »
Quelle est la difficulté d’un poste comme celui de gardien ?
C'est très rare de vivre une saison pleine parce qu’on est exposé à l'erreur. Quand on prend des buts, obligatoirement, il y a des choses qui ne sont pas bien faites. Ça fait partie intégrante de sa saison. Tout est dans la gestion de ces erreurs. Les aider, ça fait partie du rôle d'entraîneur des gardiens. Il faut garder cette bonne énergie. Quand un gardien sort d'un mauvais entraînement, je dois trouver les mots justes pour retirer ses doutes, ses frustrations afin qu’il regagne confiance. C'est important de ne pas être dans le pessimisme dans ces périodes-là. A Nantes, depuis quelques temps, il n’y a pas une grosse dynamique. Celui qui est le plus exposé c'est le gardien de but. Entraineur des gardiens, c’est un métier riche humainement. Il ne faut pas se tromper dans les timings. Mon approche, c’est de mettre l’humain au centre du projet.
Propos recueillis par Thibault Marchand

