Pau – FC Nantes : Grégory Poirier : « On manque de leaders »
Après un nouveau résultat décevant face à Clermont, l’entraineur nantais a pointé du doigt les lacunes de son effectif, dénonçant le manque de caractère. Avec une remise en question des hommes et de la tactique qui pourrait arriver contre Pau, le technicien de 44 ans livre des premières pistes de réflexion.
La blessure de Saïdou est embêtante parce que c’était le pilier de la défense centrale…
Il a encore des axes d’amélioration. C’est un jeune joueur. Il nous a apporté de la vitesse en défense. Il fait un bon début de saison. A l’image des événements contraires, il se blesse face à Clermont après avoir fait un très bon match à Saint-Étienne. Tylel Tati, qui peut nous amener de la vitesse aussi, est absent. Ce sont des blessures bêtes mais qui arrivent souvent dans la loi des séries. On subit mais on doit faire avec. En défense, on n’a pas beaucoup de monde. On essaie de faire avancer certains jeunes, comme Sékou Doucouré et Enzo Mongo. Il faut aussi qu’ils aient du rythme progressivement. On est obligé d’avoir une vision un peu plus large. Il nous manque aussi des pieds gauches sur les ressorties de balles, sur les lancements de jeu.
Avec Ryad Hachem, ça fait 2 absents parmi vos cadres...
Depuis le début de saison, ce sont 2 joueurs qui ont fait des bonnes performances, assez réguliers. C’est dommage de les perdre, mais on va avoir des options pour, j’espère, les remplacer. Ça amène des configurations différentes par rapport à leurs qualités qui vont nous manquer, mais on en a d’autres. On doit les exploiter.
Ces absences peuvent-elles rebattre les cartes concernant votre système ?
Après une série de 4 matchs sans résultat, on se pose toutes les questions possibles. La remise en question doit être générale. Ça peut être des profils différents, des animations différentes, des intensités différentes. Ça peut être aussi la remise en question de la performance individuelle. On fait trop d’erreurs individuelles. Pour ce qui est du système, je n’ai pas de lien particulier avec le 3-5-2 ou le 3-4-3. Mais quand vous voulez changer les choses, il faut toujours anticiper les impacts du changement : ce qui pourrait être mieux et ce qui sera plus compliqué. En tout cas, le changement de système fait partie des options.
Vous pourriez passer à un système à 4 défenseurs ?
Je pense que c’est davantage une histoire d’animation. Il y a eu pas mal de matchs où on a défendu à 4. On a beaucoup pressé à 4, parfois on ressortait également à 4. Ce n’est pas qu’un problème de système. Il faut lire entre les lignes. Ça dépend aussi des profils qu’on a. J’ai récupéré un effectif qui a malheureusement subi beaucoup de blessés. On ne peut pas tout faire. Dans le système du 3-5-2, le niveau de performance des pistons est insuffisant. Nous n’avons pas assez de rendement pour jouer sur ce système-là. Soit il y a un changement de système, soit de profil, soit d’intention, ou alors on construit un système hybride : en jouant avec 2 systèmes différents avec ou sans ballon. Il ne faut pas oublier la configuration du championnat et de l’adversaire qui arrive. L’objectif est aussi de voir ce qu’on peut faire et si on a le temps ou pas. Certaines choses sont positives malgré nos manques, nos fragilités, parce qu’il y a aussi l’aspect mental.
« Mes joueurs offensifs doivent progresser et prendre de la confiance »
Vous avez été capable d’être performant dans l’animation, notamment contre Reims. Comment ces choses-là se sont délitées au fil des rencontres suivantes ?
Reims, c’est notre match référence parce que c’est un match plein. Dans l’investissement, dans l’intensité, c’est un match sur lequel on a envie de s’appuyer, même si contre Saint-Étienne, on a également fait beaucoup d’efforts. Le souci, c’est qu’on n’a pas optimisé et qu’on n’a pas gagné ce match-là. Ça a fragilisé notre confiance sur l’aspect offensif. On peut pointer du doigt les manques mais défensivement, on est la 2e équipe qui concède le moins de d’occasions. Il y a quand même une certaine assise défensive. Je veux mettre en place mon projet de jeu mais pour cela, il faut qu’il y ait un contexte mental de confiance par rapport à une situation mathématique. Il faut aussi des joueurs et des éléments qui permettent certaines choses. Aujourd’hui, on a des manques et il faut que je m’adapte complètement au groupe. Avec notre classement, l’objectif est avant tout d’avoir des valeurs et un investissement sans faille. Le regret contre Clermont, c’est qu’on est devant au score. Contre Saint-Etienne, on doit garder le score. Ce qui m’énerve, c’est qu’on n’a pas la mentalité aujourd’hui pour garder le score. Avoir de la fluidité dans l’animation offensive, ce n’est pas facile avec les éléments en cours. On va améliorer les choses au fur à mesure. On doit se construire sur la confiance par les résultats. Quand on est devant au score, on doit avoir une certaine mentalité. Mes joueurs offensifs doivent progresser et prendre de la confiance. Mes joueurs défensifs doivent, eux aussi, impacter, rayonner sur les partenaires pour garder le score. On peut me reprocher l’animation offensive de Clermont mais ce but est inacceptable. Il y a des remises en question, des mises à jour. On essaie des choses.
Comment inverser la tendance ?
Que ce soit le staff ou moi, on doit déjà montrer notre capacité à ne pas lâcher, à travailler, à se remettre en question. Pour impacter sur les joueurs, on doit valoriser notre organisation défensive en appuyant sur le manque de mentalité. C’est un problème de mental. Pour les attaquants, il faut essayer de trouver des situations pour qu’ils prennent confiance. Ça passe par des situations devant le but, des connexions à trouver, des complémentarités. Ça demande du temps. Ils ont besoin d’avoir de la réussite. Un joueur offensif, c’est de la créativité, c’est de l’instinct, c’est du talent. On a aussi beaucoup de joueurs qui ont du mal à se sortir de situations individuellement. Ils ont besoin d’un collectif. On doit trouver le bon dosage. On doit déjà être intraitable et ne rien laisser à l’adversaire. Le championnat le demande.
« On manque de leaders »
On manque aussi de leaders. On a des joueurs d’expérience, mais on manque vraiment de lead. On peut en identifier et on va le faire mais il faut une certaine légitimité. Il faut être irréprochable dans la performance pour pouvoir rayonner et impacter sur les partenaires. On attend de la régularité dans la performance. Certains joueurs qui étaient là avaient la tête ailleurs. Ça joue sur le niveau de performance. Même s’ils ont une expérience et une personnalité, la performance actuelle doit valider ça. Quand vous avez un groupe homogène comme le nôtre, il en faut. C’est ce qui nous manque un peu, même si on voit certains joueurs qui sont réguliers comme Ryad Hachem ou Saïdou Sow. Il faut qu’il y ait une personnalité, une histoire. Quand vous êtes là depuis un moment, vous avez été impacté par l’histoire récente de la descente. C’est plus difficile mais c’est aussi une légitimité quand vous avez du vécu avec ce maillot. On cherche nos leaders et on veut les développer.
Après Clermont, vous n’avez pas épargné vos joueurs. Est-ce qu’il faut s’attendre à certaines évolutions sur le match contre Pau ?
On ne peut pas accepter d’avoir pris ce but. Soit vous faites un super match dans le contenu et on dira toujours que vous avez fait un bon contenu, comme contre Reims, soit vous savez gagner 1- 0 et on dira tous à la fin du match que c’était la victoire le plus important. On l’avait identifié et on s’est manqué sur ça. A la fin du match, je suis énervé par rapport à ça. Mon obligation c’est de réfléchir à comment améliorer les choses. Ça peut être dans la méthodologie, dans les intentions de jeu, dans la remise en question des joueurs, dans le fait d’être titulaire ou remplaçant ou dans le système. Je ne vais pas tout vous dire mais on ne va pas s’endormir et on va leur montrer qu’on ne lâche rien. C’est tout un club à qui on doit ça. On est ensemble dans ce moment difficile. On ne doit pas accepter cette situation.
Vous affrontez Pau, qui est sur une dynamique très positive.
C’est un gros match qui se dresse devant nous avec une équipe en pleine réussite, une équipe construite pour la Ligue 2 qui optimise tout. Ils sont très efficaces. Ils ont beaucoup d’expérience, de vices parfois pour faire basculer les matchs sur les erreurs des adversaires. C’est aussi une opportunité pour nous de montrer un meilleur visage et d’avoir beaucoup d’orgueil.

