« Le FC Nantes sous Raynald Denoueix, c'est le dernier jeu à la nantaise »
Afin de retracer l’histoire du dernier titre du FC Nantes en Ligue 1 lors de la saison 2000-2001, Théo Boyer a réalisé un documentaire sur l’ancien joueur, formateur et entraineur des Canaris. Dans Denoueix, le jeu avant le je disponible sur L’équipe, le réalisateur permet à tous les supporters de se remémorer un moment mythique de l’histoire du club.
Qu’est-ce qui t’a donné envie de faire un documentaire sur Raynald Denoueix ?
Je suis né en 1990 à Nantes. Mon premier souvenir de football, c’est la Coupe du Monde 98. Dans la foulée, le FC Nantes de Raynald Denoueix remporte les 2 coupes de France et le titre en Ligue 1 en 2001. J'ai envie de faire un documentaire sur lui. Je suis supporter comme n'importe qui mais depuis quelques années, j'étais au sein du Collectif nantais et je réalisais les vidéos pour eux. J’en ai parlé à Mickaël Landreau et il m'a aidé en me donnant des contacts. Ce que je trouvais intéressant, c’est que Raynald Denoueix est très humble. Dans le documentaire, il dit avoir l’impression de n’avoir rien fait dans le foot. Il pensait que ça n’allait intéresser personne et ça m’a encore plus donné envie de le faire. Ça raconte aussi la rupture du FC Nantes en 2001 avec la première vente du club.
C'était une manière de rappeler que le FC Nantes avait été au sommet ?
Carrément. Même si le projet a mis 2 ans et demi à se concrétiser, j’étais sûr que le FC Nantes ne serait pas bien à la sortie du documentaire. Je savais que ça allait faire écho avec ce qui se passe aujourd'hui, même si ce n'est pas le but premier. Tout le monde est nostalgique. Le but était de rappeler aux plus jeunes qui n'ont pas connu cette époque que le club avait eu de belles années pas si lointaines.
Avant la saison 2000-2001, le FC Nantes remporte les 2 dernières Coupe de France. Ces victoires ont commencé à créer le succès ?
Ce sont les bases du succès, même si ça remonte plus loin. A court terme, Mickael Landreau le dit dans le documentaire, gagner un titre avec son club formateur, ça montrait que Raynald Denoueix pouvait gagner. La Coupe de France est fondatrice mais il y a surtout le maintien au Havre en 1999-2000 à la dernière journée. C'était dur. Les joueurs se sont vu comme des compétiteurs, n’avaient plus envie de revivre ça. C’étaient les mêmes joueurs pendant 4 ans. En 2000, il y a Fabri et Moldovan qui arrivent et ont été importants mais tous les autres se connaissent depuis qu'ils sont petits. C’est une équipe qui jouait avec principalement des joueurs formés au club.
Sans cette dernière journée en 2000 et le maintien face au Havre, est-ce qu’il y aurait eu le titre l’année suivante ?
Carrément. Ce qui est beau, c’est qu’en 2000, c’est Marama Vahirua qui marque le but du maintien. L'année d'après, un an quasiment jour pour jour, c’est lui qui marque le but du titre. Raynald Denoueix et les joueurs ont trop souffert cette année-là. Ils se sentaient responsables du club. Ils ne voulaient pas que ce soit lui, l'entraîneur qui fasse descendre le club. Il a pleuré de joie avec le maintien.
Dans le documentaire, tu parles de la méthode Denoueix. En quoi consiste-t-elle ?
C'est le dernier jeu à la nantaise. Ce n’est pas le même qu’avec Jean-Claude Suaudeau en 1994-1995. Ça joue un peu moins bien. Tous les joueurs étaient en mouvement. Ils couraient beaucoup. Ils avaient 2 entraînements par jour. Ils étaient prêts physiquement à être toujours en mouvement et à savoir où allait la balle avant les autres. Le deuxième aspect, c’est l’intelligence. Tous les joueurs sont intelligents. Ils savent où se placer.
Le modèle de continuité entre la formation et le professionnel était prédominant dans ce titre avec de nombreux joueurs passés par la réserve. C’est quelque chose qu’on a perdu aujourd’hui ?
Clairement, tous les joueurs le disent. Quand je suis allé à la Jonelière pour le documentaire avec Éric Carrière, il me rappelait que tout était ouvert à l’époque. La réserve et les jeunes s'entraînaient à côté des pros. Quand les jeunes avaient fini leur entraînement, ils venaient les voir. Il y avait vraiment un lien. Aujourd'hui, tout est fermé. Les pros s'entraînent à part. Ils ne voient jamais les jeunes. Il n’y a plus de continuité. Pierre Aristouy rappelle dans le documentaire que tout le monde jouait de la même manière, des moins de 12 ans jusqu’aux professionnels. Aujourd’hui, il n’y a plus du tout de lien.
Le départ de Raynald Denoueix, en décembre de la saison suivante, symbolise le début de la fin pour le FC Nantes ?
Oui, c’est ce qu’il dit aussi. Il savait dès la vente du club qu'il allait se faire virer. Il y a une vraie rupture. Quand il part en décembre 2001, ils sont 19e. Il se fait remplacer par Angel Marcos, entraîneur de Lorient, qui est dernier. C'est fou. Ça a marqué tous les joueurs, Frédéric Da Rocha pleurait pendant le tournage. Ils sont sûrs à 100% qu'ils se serait maintenus si Raynald Denoueix était resté. En début de saison, ils jouent la Champions League. Ils sont fatigués mais ils en étaient convaincus. Ils y parviennent avec Angel Marcos mais ça marque une vraie rupture.
Propos recueillis par Thibault Marchand

