HBC Nantes : Aymeric Minne veut boucler en beauté son aventure nantaise
Devenu au fil de ses sept saisons nantaises un joueur incontournable et référence, élément fort de l’équipe de France, le demi-centre ne cesse de vouloir découvrir et progresser. Après avoir dansé avec les stars du hand, il en est devenu une. Bien qu’il quitte la cité des ducs à la fin de la saison, Aymeric Minne gardera pour Nantes une place de choix dans son cœur, au moment où il va rejoindre le club allemand du SG Flensburg.
Cette saison a fatalement une saveur particulière pour vous… Est-ce qu'il y a un compte à rebours qui s’est enclenché même si des superbes échéances sont en approche et doivent occuper une grande place ?
Oui… Je me force parfois à me dire « il faut que je profite de ces moments-là », des derniers mois ici. Je me dis qu’il ne reste plus beaucoup de matchs en Ligue des champions avec les gars… Alors j'essaie que ce soit une pression positive, quelque chose de bien (sourire). De me dire dans quelques années, quand je serai un peu plus âgé, que c'était quand même pas mal, la vie nantaise, et l'équipe qu'on a là. J'essaie de me régaler en déplacement avec les coéquipiers, parce que je ne sais pas comment ça sera l'année prochaine dans le groupe, avec le public : ce sera vraiment une toute nouvelle chose. J'ai vraiment kiffé ici.
Cet état d'esprit à votre arrivée à Nantes, en provenance d’Aix, était le même ? Vous étiez plus jeune (22 ans), mais il y avait moins de pincement au cœur et de bouleversement dans votre vie ?
Oui, il y avait moins de changement, c'est sûr. L'intégration a été facilitée par la langue, j’avais déjà partagé le maillot de la sélection en jeune avec Dragan Pechmalbec. Et puis il y avait une super équipe aussi quand je suis arrivé. Aujourd’hui, j'ai conscience de tout le chemin parcouru et je suis très fier de ces années ici, d'avoir progressé, d'avoir mûri en tant que joueur et en tant qu'homme ici. Ça a été une très grande étape de ma carrière.
« Je suis quelqu'un de très impatient et très ambitieux, donc j'ai eu des déceptions »
Le Aymeric qui est arrivé ici, dont on savait le potentiel, a donc trouvé le bon terreau pour continuer à grandir ? Et se faire une place en équipe de France…
Je suis venu ici pour passer un cap, je pense qu’on peut retrouver des interviews où je peux dire des choses comme ça (rire) ! Quand je suis arrivé, je me suis retrouvé avec des joueurs comme Gurbindo, Lazarov, Feliho, Rivera ! Cela a été un pas de plus. Et j'avais des ambitions en club, en équipe de France. Elles sont arrivées plus ou moins tardivement… Je suis quelqu'un de très impatient et très ambitieux, donc j'ai eu des déceptions. Mais de voir où j'en suis aujourd'hui montre que j'ai toujours cherché à progresser, à travailler ici, dans un cadre où franchement c'est kiffant de se lever, de venir ici s'entraîner, de jouer chaque match de championnat.
« Là où je suis fier de moi, c'est que j'ai l'impression que chaque année, j'ai été meilleur que celle d'avant, et encore jusqu'à cette année. »
Vous avez changé dans votre approche de carrière, d’objectif ?
Je me mettais beaucoup de pression aussi, c'est pour ça que j'ai mûri en tant que joueur. J'ai changé dans l'approche, plus aussi à kiffer un peu cette carrière qu'on a, qui n'est pas si longue. C'est un truc de vieux, non, de dire cela (rire) ? Mais c'est une réalité ! J’arrive quand même à 29 ans (le 20 avril prochain). Cela fait déjà 10 ans que je suis pro, j'espère en être seulement à la moitié, mais on ne sait jamais. Là où je suis fier de moi, c'est que j'ai l'impression que chaque année, j'ai été meilleur que celle d'avant, et encore jusqu'à cette année. J'essaie toujours de progresser, de mettre en place des choses à l'entraînement, de devenir un meilleur joueur.
Vous avez une image hors terrain d'une personne calme, posée… très loin du jeu spectaculaire qui est le vôtre. Alors quand vous avouez être un grand impatient, il y a une espèce de rupture !
Ah oui ? Je ne me contiens pas volontairement. Toute ma famille, surtout ma mère et ma chérie confirmeraient à quel point mon impatience peut être fatigante ! Mais en effet, je sais que je ne suis pas quelqu'un comme un Thibaud (Briet) qui est hyper démonstratif… Tout le temps, en plus ! On me l'a encore dit ce matin, aux courses ! Un supporter vient me voir et me dit, sans filtre : « Thibaud, c’est quand même sacré personnage ! Il a un grand sourire tout le temps. Et toi, il te manque un peu ça. »
Vous êtes certes sur un autre registre… mais pas sur le même poste également !
J'intériorise beaucoup pendant le match, je cogite énormément. J'ai un poste où je dois beaucoup réfléchir à l'action en plus, de qui est en face, qui est à côté, etc. Sûrement un trait de caractère chez moi aussi qui fait que je suis plus calme, plus discret, et je me lâche assez rarement sur le terrain. Et surtout, quand je ne fais pas mon match, je vais aussi me renfermer un peu sur moi-même. C'est quelque chose que j'essaye de travailler. Plus jeune, j’étais plus impulsif. Dès que ça ne se passait pas bien, je pouvais m'énerver et dégoupiller un petit peu. Ça m'arrivait de temps en temps, y compris dans un jeu d'échauffement, parfois, etc.
Seulement dans le handball, donc ?
Dès qu’il y a de la compétition (rire) ! Petit, je voulais toujours gagner. Avec mon frère, cela pouvait être insupportable pour nos parents ! J'ai cassé un nombre incalculable de raquettes de ping-pong, de raquettes de tennis. Bon… La table de ping-pong aussi ! J'avais quand même un caractère assez fort. Sur le terrain, j'essaie de contenir tout ça et vraiment de rester dans ma bulle. Des fois, on me dit que l'ambiance était folle… et je n'ai pas fait attention, je suis vraiment dans mon truc. Je le remarque vraiment quand je suis sur le banc.
Vous évoquiez votre âge : le passage à une nouvelle dizaine se fera d’ailleurs Outre-Rhin pour vous. Un changement de vie en perspective, qui se fera avec celui d’un changement de statut…
Ça n'a pas été un rêve pour moi de jouer au Bundesliga quand j'étais petit. Moi, c'était l'équipe de France que je regardais surtout, beaucoup. Je ne regardais pas énormément de championnats quand j'étais petit. Et c'est venu il y a quelques années… Quand tu vas à Cologne une fois, quand tu regardes le Championnat d'Europe en Allemagne en 2024 à la télé, tu vois les salles sont pleines, les ambiances dingues. Même pour les « petites » affiches, c'était plein ! Et quand tu vois les équipes allemandes qui sont en Final 4, qui ont l'habitude de jouer des gros matchs tout le temps, je me dis que c'est incroyable. Ça doit faire progresser.
« Avec le choix de Flensbourg, j’ai privilégié le côté humain »
D’où le choix d’aller vous tester dans ce contexte ?
Je suis dans cette optique de devenir le meilleur handballeur que je peux être avec mes capacités. Donc il y a deux ans, je suis allé voir Gaël (Pelletier, le président) en disant que je ne prolongerais pas à la fin de mon contrat et que j'aimerais jouer en Bundesliga. Ce qu'il a parfaitement compris, et je pense que c'est aussi ce que les supporters comprennent. Pour aller voir ailleurs, c'est maintenant ou jamais : ce n'est pas 35 ans qu'on va en Bundesliga. C'est un rythme hyper élevé et tant que j'ai encore des cannes, j'ai envie de connaître ça, ça va être intense.
Avez-vous vu passer ces sept ans au HBC Nantes ?
Non. Franchement, je ne me dis pas que j'ai fait presque le double d'années ici qu'à Aix. Chaque saison a eu ses hauts, ses bas. Pour moi, des blessures qui m'ont freiné à des moments qui étaient clés. Voilà, ça sera mon histoire à Nantes. Au début, quand j'ai dit à ma copine qu'on venait ici, elle a été un peu déçue parce qu'elle pensait qu’on ne quitterait pas le sud. Et finalement, c'est un peu comme le film Bienvenue chez les Ch'tis : ça va être aussi très dur de partir. Elle a trouvé un super travail, elle a des super amis ici. Des fois, on pense déjà au dernier match et elle a les larmes aux yeux. On essaie d'éviter le sujet, parce que ça va être très intense sur le moment. On profite encore et encore parce qu'on adore notre vie ici.
L'Allemagne, aussi, cela se prépare aussi hors terrain ?
Je n’avais appris l'allemand à l'école. Je suis donc quelques cours de moi-même, j'ai ma petite BD en allemand en déplacement (sourire). C'est un challenge aussi pour moi. J'ai toujours été très scolaire, c’est quelque chose de plus que je suis content d'apprendre et qui va me servir.
Comment s’est dessiné le choix de Flensbourg, par rapport aux autres sollicitations que vous avez pu recevoir ? Pourquoi la balance a pesé en leur faveur ?
Un peu comme Nantes il y a sept ans, du coup. L'importance qu'ils m'ont donnée dans les négociations, comment ils m'ont abordé. C'est vraiment le côté humain que j'ai privilégié. On me voulait moi, je n’ai pas eu la sensation d’être pointé sur une liste de joueurs, où l’on te demande juste de mettre tant de buts par saison à ton poste. On a parlé style de jeu, ils me voulaient pour mes qualités, me voir assumer un statut de leader d'attaque : c'est vraiment tout ce discours-là que j'ai apprécié. Après, il y a l'effectif aussi, il y a des très bons joueurs là-bas et il faudra que je m'impose aussi. Ils ne vont pas me donner les clés comme ça et moi, j'ai toujours été partisan de ça. Si t'es bon, tu joues. A moi de l’être et je me fais confiance pour travailler. Mais cela, c’est une autre histoire. Et j’en ai encore beaucoup à écrire ici.
Recueilli par Gaëlle Louis

