Corsaires de Nantes : « Le maintien, il n'y a pas d'autres alternatives »
Le président Jean-Marc Rouxel, artisan du renouveau des Corsaires, continue à tout mettre en œuvre hors de la patinoire pour structurer le club et lui donner de belles perspectives. Sur la glace, la saison est plus compliquée, avec une non-qualification pour les playoffs. Reste à assurer le maintien comme ultime challenge d’une saison de transition.
A peine le temps de digérer la non-qualification pour les playoffs, à l’issue d’une saison régulière à handicaps, qu’il faut déjà se projeter sur les playdowns, avec un maintien à aller chercher… Quel est le sentiment qui prédomine sur cette saison régulière ?
Les sentiments sont partagés. D’un point de vue sportif, il y a évidemment de la déception par rapport à l’équipe que nous pouvions aligner… Il y a du talent, c’est indéniable. Nous avions constitué un staff professionnel, que ce soit sur glace ou hors glace, extrêmement complet. On ne peut que difficilement entrevoir mieux et les joueurs en ont parfaitement conscience.
« On n’a jamais su aller au-dessus de la ligne de flottaison »
Vous avez été les champions des prolongations…
On se retrouve avec huit matchs, perdus ou gagnés, dans cette configuration. Donc oui, cela s’est souvent vraiment joué à rien. Je pense que ça s’explique par le niveau d’un championnat qui ne cesse d’être en progression et ce qui pouvait suffire avant est insuffisant maintenant. Nous avons eu cette inconstance récurrente qui nous a fait beaucoup de mal et que l’on n’a jamais réussi à corriger.
Il est vrai que vous avez vécu une saison en véritables montagnes russes…
On est capables de faire des matchs fantastiques comme celui à Épinal (ndlr : victoire aux tab) et être complètement absents face à Villard-de-Lans à domicile (ndlr : défaite 3-0 contre le 14e). Le constat est que l’on n’a jamais su aller au-dessus de la ligne de flottaison dans cette fin de phase régulière. Nous sommes tout simplement à notre place…
Vous êtes l’un des artisans principaux des nombreux changements qui ont été effectués à l’intersaison. La ligne directrice est inchangée ?
Tout à fait. Mon rôle est d’être garant du projet, de rappeler le cadre, et on s’y tient, il faut que les ressources soient bien utilisées, toujours en mesurant le rapport bénéfice–risque, et là, d’un point de vue sportif, je le répéterai toujours : la clé, ce sont les sportifs qui l’ont.
Dans nos choix, il y a eu une vraie volonté de professionnalisation. Je peux prendre le cas des déplacements qui se font tous en car, que ce soit pour la récupération mais également pour la sécurité. Tous les gars ont des contrats et ne sont pas payés en recette de tombola (sourire). Le passage en société est le premier grand accomplissement, et c’est ce qui nous a permis de nous sauver.
La saison 2026–2027 doit déjà être en préparation malgré des incertitudes : ce maintien est donc une obligation absolue sur la feuille de route !
Il n’y a pas d’autres alternative envisagée, même si on sait à quel point tout est possible dans le sport… Alors oui, on a déjà posé les bases de l’exercice à venir dès janvier : c’est donc en cours de travail. Ce qu’on peut déjà constater, c’est que nous avons avancé commercialement et d’un point de vue marketing. Les nouveaux outils que nous avons en termes d’accueil, que ce soit la nouvelle tribune ou les espaces VIP, concrétisent tous les efforts et tous les espoirs qui nous animaient depuis des années. Avoir la possibilité de rapprocher nos partenaires du jeu, le travail ultra important de Morgane Le Gall sur le fait de décorréler le résultat sportif du moment vécu, confirment à quel point le hockey sur glace possède d’incroyables attraits pour tout le monde. Lorsque je vois des partenaires, des prospects, des familles ou des personnes découvrant la discipline pour la première fois et se mettre debout et taper des mains, c’est que l’on a déjà gagné de très belles batailles.
« Faire de nos points faibles des opportunités »
Et toujours cette fidélité incroyable et cette montée en puissance de popularité…
On augmente la capacité (ndlr : la patinoire du Petit-Port est passée de 1.036 à 1.245 supporters) et on est encore full. Une semaine avant le dernier match contre Lyon, on était obligé de refuser du monde… Et du payant (sourire) ! Nous avons d’ailleurs investi dans de la data pour mieux comprendre qui venait nous voir, et comment était « consommée » la billetterie. Alors oui, on a en effet nos fidèles de toujours, mais également un pourcentage de 40 % de nouveaux venus. C’est ça que l’on veut continuer à offrir : de la nouveauté, de la découverte.
Et pourtant, on sait à quel point la concurrence est rude dans le bassin nantais, pour attirer des supporters. Quelle est d’ailleurs votre vision sur ce dynamisme sportif qu’offre la Cité des ducs ?
On sait déjà clairement à une échelle nationale que l’on n’aura jamais la popularité immense du foot et du rugby. Ce qui ne doit pas nous empêcher malgré les grosses machines à Nantes, comme le FC Nantes et le HBC Nantes, de tout exploiter, ce qui est possible chez nous et de faire de nos points faibles des opportunités. On a encore des potentiels à exploiter si l’on nous laisse un petit peu les manettes sur certains points. Ce qui est sûr, c’est que je suis hyper heureux d’entendre que lorsque l’on vient au Petit Port, on sent toujours une énergie positive.
« Je rêve de la création d’un pass pour que les gens puissent naviguer entre les lieux de spectacle sportif. Je suis sûr qu’il faudrait juste se mettre tout autour d’une table, dirigeants des clubs nantais, et en discuter sérieusement. »
Quel pourrait être pour vous le projet qui changerait la donne, qui serait innovant dans l’offre sportive à Nantes ?
Je rêve de la création d’un pass pour que les gens puissent naviguer entre les lieux de spectacle sportif. Je suis sûr qu’il faudrait juste se mettre tout autour d’une table, dirigeants des clubs nantais, et en discuter sérieusement. Ce n’est pas aux collectivités de le faire, nous sommes des grandes personnes (rire) ! Et puis, nous sommes également passés en société avec, donc, un fonctionnement qui même s’il n’est pas à l’échelle des plus gros clubs, est orchestré pour des personnes qui connaissent toutes les prérogatives. Soutenir le sport n’est plus aujourd’hui la priorité des municipalités et cela s’entend dans le sens où ce ne serait pas aux contribuables de payer le sport professionnel. J’en profite pour remercier encore Ali Rebouh (ndlr : adjoint aux sports et vice-président de Nantes Métropole) d’avoir soutenu le projet de tribune afin qu’elle puisse enfin naître. Mais je pense que c’est à nous, dirigeants de clubs, d’offrir aux Nantais la possibilité de vivre le sport et tous ses atouts de la plus grande et la meilleure des façons. Ce ne serait pas « prendre du public » à l’un ou l’autre, mais bien du plus pour tous.
Recueillis par Gaëlle Louis

