« Notre plus grande fierté : avoir fait du JNS une marque connue et reconnue sur le territoire nantais»
Cofondateur du journal Nantes Sport en avril 2016, Vincent Menard retrace cette aventure passionnante de 10 ans en anecdotes et en belles rencontres. Le gérant du groupe LM MEDIAS, mordu de sport et de sa ville de toujours, raconte les coulisses d’un journal gratuit engagé derrière le sport nantais et la vie d’une petite entreprise locale pas comme les autres, qui entend bien garder le cap malgré les crises
Le Journal Nantes Sport fête ses 10 ans ! Pour le cofondateur du titre, il y a un peu de fierté et d’émotion que la promesse d’un journal gratuit qui parle de tous les sports à Nantes soit tenue et qu’elle ait déjà traversé les années ?
L’objectif est atteint et dépasse nos espérances. Nous sommes très fiers car le journal est fidèle à l’idée initiale. Faire de JNS un magazine gratuit qui traite de l'actualité du sport de haut niveau sur l'agglomération nantaise. On parle également des événements ponctuels ou annuels qui se déroulent sur le territoire, c’est important. Le magazine traite aussi de l'économie du sport et des entreprises qui sponsorisent le sport, avec des acteurs qui ont toujours joué le jeu de la transparence pour éclairer nos lecteurs. Un mot d’entrée, sur les entreprises qui jouent le jeu et sponsorisent le sport local : c’est essentiel parce que sans elles, le sport nantais ne pourrait pas vivre de la même manière qu’aujourd’hui. Notre magazine devait se faire le relais de ces entreprises qui investissent.
« Le Final four du HBC Nantes en 2018 à Cologne, la Coupe de France 2022 contre Nice, le weekend à deux coupes nationales pour le volley nantais… On a la chance de faire ce métier aussi pour vivre des émotions aussi fortes. »
Quelle était la situation du sport nantais à la création du journal Nantes Sport ?
En 2016, avec François-Xavier Lebert, on avait fait le constat que Nantes était une ville un peu à part, un peu comme Montpellier à l’époque, désignée « la ville la plus sportive » par la richesse de son offre de haut niveau. Au-delà du foot avec le FC Nantes, il y avait énormément de clubs au plus haut échelon dans leurs disciplines respectives. A la création du Journal Nantes Sport, Nantes comptait 3 équipes féminines : les basketteuses des Déferlantes du NRB, les handballeuses du NLAH et les volleyeuses du VBN, plus le handball masculin avec le HBCN. Le Nantes Basket Hermine et les Corsaires de Nantes étaient au deuxième niveau national. Si on rajoute l’effervescence naissante autour du rugby avec le Stade Nantais, on avait la chance d'être dans une ville avec beaucoup de sports de haut niveau. La création d'un journal, le cœur de métier de François-Xavier, éditeur de journaux dans le sport et originaire de Nantes, comme moi, avait du sens pour valoriser toute cette offre inédite. On a été regardés avec un peu de perplexité au début, voire avec un certain dédain, parfois, par certains qui nous prenaient pour des ovnis. Dix ans après, ils nous lisent encore…
Quels sont les moments sportifs qui vous ont le plus marqué en 10 ans ?
Il y en a beaucoup ! Le premier, c'est le Final four du HBC Nantes en 2018 à Cologne. Nantes était sur le toit de l'Europe, en demi-finale de Ligue des Champions. Le « H » faisait partie des 4 meilleures équipes du continent ! La demi-finale était contre… le PSG, qui dominait le championnat national. Dans un final ahurissant, le « H » l’emporte. Assurément l’un des moments les plus forts du sport nantais, que j’ai vécu sur place avec tous ces supporters en feu !
Le deuxième, c'est la victoire en Coupe de France en 2022 contre Nice. Le SDF en jaune et vert, la préparation, le convoi, le stress, la délivrance, la fête après dans les rues de Nantes… Cela doit rappeler des souvenirs, pourtant pas si lointains, à beaucoup de nos lecteurs… Je suis d’une génération qui a eu la chance de vivre des moments très intenses entre les titres de1995 et 2001, la Ligue des champions en 2002 avec Manchester United, le Bayern Munich à la Beaujoire… Mais cela faisait plus de quinze ans qu'on n’avait plus rien vécu de fort avec le FC Nantes. Remporter la Coupe de France, soulever ce trophée… La demi-finale avait déjà été magique, en battant Monaco aux tirs au but, avec l’envahissement de terrain.
Le troisième, c’est le fameux weekend historique du 30 et 31 mars 2024 où les clubs de volley du NRMV pour les hommes et des Neptunes pour les féminines ont chacun remporté la Coupe de France à Paris ! Ça a été l'apothéose du volley nantais. Les deux clubs sur le toit de la France !
Quelles ont été les évolutions marquantes pour le JNS en 10 ans ?
Au départ, c'était un pari : celui de réussir à lancer un magazine gratuit, qualitatif et qui soit vu et lu par le plus grand nombre. C'est un modèle qui n'existait pas, que l’on a inventé. Le contenu journalistique a été très qualitatif dès le début grâce à Gaëlle Louis et Edouard Chevalier, deux journalistes reconnus dans le milieu local et sportif. Ensuite on a souhaité développer une visibilité sur toute l'agglomération nantaise. On a très rapidement mis en place des présentoirs et des partenariats avec toutes les enseignes de la grande distribution : Leclerc, Super U, Carrefour, Intermarché… et les magasins de sport : Decathlon, Intersport… Ensuite, on a mis en place le JNS dans les lieux en lien avec les loisirs tels que les piscines, les complexes multisports ainsi que les bars et restaurants à retransmissions sportives. On a réussi à capter les gens, en plus des distributions, autour des salles et des stades de l'agglomération nantaise. La deuxième chose, c’était d’en vivre. Pour cela, on a développé des partenariats sur plusieurs années avec des entreprises qui nous ont fait confiance et qui sont toujours fidèles au rendez-vous, dix ans plus tard. Les relations professionnelles se sont même transformées en de belles amitiés.
« Pendant le covid, on s’est réinventés, on en a profité pour développer l’offre numérique »
Le Journal Nantes Sport, ce sont aussi des clubs qui vous font confiance…
Aujourd’hui, grâce à notre sérieux et notre expérience, le HBC Nantes, le Stade Nantais, le Nantes Basket Hermine, les Neptunes de Nantes, les Corsaires de Nantes, le Nantes Métropole Futsal et bien d'autres clubs nous font confiance. Ils voient l'importance d'avoir un magazine comme le nôtre. On est le journal L'équipe local, toutes proportions gardées, et on a pu nouer de vrais rapports gagnant-gagnant. Ils jouent le jeu, en nous ouvrant les portes, car ils ont aussi compris comme nous pouvons être un relais entre eux et leur base de supporters, qui sont nos lecteurs. Ma plus grande fierté : avoir fait de JNS une marque connue et reconnue sur le territoire nantais.
Qu'est-ce qui vous donne toujours l’envie de continuer ?
On a la chance de faire un métier génial, on peut suivre du sport de haut niveau toutes les semaines, être « au cœur du réacteur ». On a la chance de rencontrer un nombre de partenaires importants, passionnés, et de partager des moments uniques. Quand on fait ce métier-là, c'est qu'on aime le sport. On a envie que ça continue. Aujourd'hui, par exemple, on a peur que le FC Nantes descende en Ligue 2, c’est le « supporter » et le pro qui parlent. Ce pourrait être un tournant. C’est le club moteur du JNS, celui que l’on affiche le plus en couverture, avec le HBCN, et qui fait que les 30.000 exemplaires sont pris d’assaut dès leur sortie.
Comment un journal gratuit peut-il tenir 10 ans ?
Il y a d’abord une partie institutionnelle. Nantes Métropole nous a rapidement soutenus, notamment par le biais d'Ali Rebouh, le désormais ancien adjoint aux sports de la métropole nantaise à qui il faut rendre hommage et qui a eu droit à un départ émouvant et mérité, eu égard son investissement de tous les instants pour le sport nantais. Il nous a beaucoup suivis et encouragés, nous avons noué des relations respectueuses et amicales. Il a fait en sorte que la ville de Nantes nous accompagne, en mettant en avant par des publireportages l’action de la Ville pour tous les sports et tous les publics sportifs.
Les ligues de sport comme celle du foot ou du hand ont été partenaires du journal également, mais la principale ressource reste le secteur privé. En 10 ans, plus de 300 entreprises ont communiqué dans notre média. Chaque mois, le Journal Nantes Sport est lu par 50.000 à 60.000 personnes, essentiellement des habitants de l'agglomération nantaise. On touche une bonne partie de la population, la marque est connue et reconnue. Ça donne envie à beaucoup d'annonceurs locaux de faire de la pub dans notre journal.
Pour un gratuit, qui vit de la publicité, on imagine que la période du Covid, avec toutes les entreprises fermées, a dû être terrible et interroger sur la pérennité du JNS ?
C’était très difficile. On ne pensait pas s'en sortir. Au moment du COVID, on n'avait plus le droit d'aller livrer en grande distribution. On s’est réinventés, on en a profité pour développer l’offre numérique. De mi-mars à mi-mai 2020, le journal n'existait qu'en format numérique. Quelques annonceurs ont continué à nous faire confiance sur cette période-là. Dès juin 2020, on a repris le format papier, tout en proposant toujours le téléchargement en ligne, ce qui a permis de toucher un nouveau public, plus jeune. Grâce notamment aux aides de l'État, on a pu passer le cap et repartir en septembre 2020 avec un nombre d'annonceurs suffisant pour continuer à en vivre. La machine est repartie plus normalement en 2021. Mais c’est vrai que l’on n'est pas passé loin de la fin du journal à cette période ! Ce fut le cas de nombre d’entreprises locales, d’ailleurs.
Quelles sont les perspectives pour le Journal Nantes Sport ?
Les Nantais aiment leur ville, leurs clubs. Il y aura toujours du contenu intéressant à lire, avec une ligne éditoriale bienveillante et forcément cocardière. Le contenu journalistique sera toujours riche. Le sujet principal aujourd'hui, ce sont les annonceurs. La crise perdure depuis 2022. On ne voit pas le bout du tunnel. Les perspectives ne sont pas spécialement réjouissantes quand on voit le contexte géopolitique actuel, la perspective des présidentielles dans un an. L'économie va tourner au ralenti pendant une bonne année. On va devoir faire le dos rond pour continuer à exister. Si on réussit à sortir de cette période un peu morose, on aura fait le plus dur et on pourra envisager les 10 années suivantes ! Je termine sur cette note plus sérieuse, car c’est le nerf de la guerre ! Je profite de cette tribune à l’occasion de notre anniversaire pour faire un petit coup de pub ! Si vous êtes une entreprise du tissu local, que vous aimez le sport et qu’il vous arrive de communiquer dans des médias locaux, n’hésitez pas à nous solliciter pour faire partie de cette aventure passionnante !
Recueilli par T.M.

