« Les jardiniers du FC Nantes sont de fins techniciens »
Loin de l’image des hommes assis sur leur tondeuse, ceux qui entretiennent les terrains à la Jonelière et à La Beaujoire sont des passionnés, avec un métier bien plus technique qu’on ne pourrait le croire.
Aujourd’hui, le terrain est au centre de la performance. Charles Diers, stadium manager du FC Nantes en parle comme « l’élément central du jeu. En tant qu’équipe professionnelle, on est exigeant sur le gazon. Ça fait partie des éléments essentiels à la réussite du club ». La plupart des clubs professionnels de football font appel à des sociétés extérieures pour l’entretien de leurs terrains. A la Jonelière, c’est la société Sporting Sols, une entreprise vendéenne, qui est en place depuis 16 ans. Remise en état des terrains, tonte lors des périodes de pousse, fertilisation, traçage, le rôle des jardiniers du club nantais, salariés de cette société, est bien plus grand qu’il n’y paraît. Participant directement aux résultats du club, ces hommes de l’ombre défendent les couleurs Jaunes et Vertes à leur manière comme l’explique Sébastien Delaunay, directeur technique de Sporting Sols : « Pour être jardinier du FC Nantes, il faut avoir la passion du végétal mais aussi du sport. Aucun jardinier n’est supporter du Stade Rennais. Ce sont des passionnés de leur club, des gens qui veulent bien effectuer leur travail pour le FC Nantes. Ce sont souvent des footballeurs amateurs. De cette manière, ils approchent leurs idoles ».
Un métier technique
Leur importance dépasse largement celle d’un jardinier traditionnel. Le directeur technique du prestataire de La Jonelière démonte ce préjugé. « Ce ne sont pas des personnes assises sur leur tondeuse qui tondent simplement le terrain. Les terrains sont très techniques. Les jardiniers doivent observer et analyser le comportement du gazon pour que la qualité soit maximale ». Ce métier est d’autant plus technique que l’usage sportif du pré vert est un détournement de son rôle naturel : « A l’origine, un végétal n’est pas fait pour être piétiné. Le gazon de football est tondu régulièrement, agressé avec les passages des joueurs. En plus de ça, il est installé sur du sable. Il faut répondre à des exigences sportives très hautes avec des données compliquées comme la météo ou les aléas de la nature. Malgré toutes ces contraintes, le gazon doit être costaud et résistant pour supporter des entrainements tous les jours, parfois intensifs ». Les jardiniers maitrisent le revêtement pour les professionnels : « On fait en sorte que la densité du sol soit maximale, la plus homogène possible. On contrôle sa dureté. Il ne doit ni être trop souple, ni trop ferme. Si le sol de l’axe est 20% plus dur que celui des côtés, les joueurs vont le sentir musculairement. Le club va se plaindre de ce terrain d’entrainement parce qu’il est trop dur. Dans ce cas-là, on va réoxygéner le sol pour l’assouplir ».
Une gestion de la météo précise
La météo et les saisons impactent grandement la qualité de la pelouse. Le cycle des terrains suit l’année sportive. La pelouse étant installée sur du sable, il n’y a pas de micro-organismes dans la terre pour digérer le sol. Dès la fin de la saison, les gazons sont donc entièrement rénovés. L’ancien est retiré. De nouvelles graines sont semées et poussent jusqu’au début des entrainements en août avec un suivi pointu de la part des mains vertes du club pour avoir une pelouse plus ferme : « A cette période, les jardiniers sont en permanence sur les terrains » explique Sébastien Delaunay. Le gazon usé est revalorisé en composte et réutilisé en matière organique pour travailler diverses plantations sur d’autres sites. En hiver, maintenir des gazons en bonne qualité est plus difficile. Avec l’absence de soleil et la réduction de la lumière, la pousse est plus faible. Les jardiniers passent beaucoup de temps à réparer les terrains après les entrainements. « Il faut s’adapter parce qu’on vit au rythme des saisons et du climat. Un bon jardinier reste très humble. Il sait que la réalité d’aujourd’hui n’est pas celle de demain. Il suffit d’un aspect qui ne va pas dans le bon sens pour pénaliser l’ensemble du travail ». Tout au long de l’année, ces jardiniers sont déterminés à proposer les meilleurs sols pour les professionnels. Pour le club, comme le confirme Charles Diers, sur ce sujet : « c’est le travail humain qui fait la différence ». Si les résultats sportifs ne sont parfois pas au rendez-vous, eux, le sont toujours et depuis longtemps.
Thibault Marchand
