Stade Nantais : Artémy Gallo, l’aventure au bout du chemin
Ancré en Ile de France, le talonneur du Stade a su sortir de sa zone de confort en venant à Nantes et, expérience peu commune, porter le maillot de la sélection russe par sa double nationalité. Avec un caractère aussi déterminé sur qu’en dehors du pré !
Qu’est-ce qui a poussé le talonneur que vous êtes, qui a connu toute sa formation en région parisienne, jusqu’à Nantes ?
L'année dernière, j'étais à Chartres. On avait un super groupe, on était premiers nationaux en Fédérale 1. Arrivés fin de saison, au dernier match, on a appris que le club avait des problèmes financiers et qu'on était rétrogradés sans possibilité de jouer les phases finales et donc de monter en Nationale 2. Avec Théo Louvet (ndlr : également passé sous les couleurs nantaises cet été, lui aussi Francilien), on était venus pour faire monter le club. Si bien que je ne me voyais pas rester en Fédérale 2, déjà que je rongeais mon frein en Fédérale 1. On a su le fin mot de cette histoire assez tard, trop tard pour trouver un autre point de chute. Mais j’avais la chance de connaître Flo (ndlr : Florent Bonnefoy, le manager du Stade Nantais) via les regroupements jeunes en Ile-de-France. Cela s'est fait naturellement.
En vous retrouvez par la même occasion chez les Éléphants un autre ancien comparse du C’Chartres Rugby, en la personne de Mikka Maury, débarqué lui un an plus tôt !
Quand j'ai appris par Mikka que Nantes cherchait un talonneur, on en a parlé, il a passé le mot à Flo (sourire). Tout de suite, on s'est eu au téléphone et cela a matché direct sur le projet, la philosophie de jeu qu’il souhaite, l’état d’esprit.
« Surpris de l’image et du fonctionnement du rugby en Russie »
Au final, une nouvelle région, un nouveau club, mais avec quelques points d'ancrage solides…
Je ne sais pas si je peux dire que ma dernière expérience a été un mal pour un bien, mais peut-être j'étais un peu dans ma zone de confort. De toute façon, il a été assez simple de s'intégrer au groupe, notamment par la jeunesse y régnant. Il y a beaucoup de joueurs avec qui, ou contre qui, j'ai pu jouer dans mes années d'espoir.
Comment êtes-vous d’ailleurs arrivé sur le terrain ?
Au moment de la Coupe du Monde 2007. Personne de famille n'est dans le rugby de base, mes parents me cherchaient un sport à pratiquer parce que j'étais passé par le judo chez les jeunes, j'avais fait un ou deux entraînements de foot mais ça ne me correspondait pas du tout (rire). Comme j'aimais déjà un peu le contact et que j’étais assez turbulent, j'avais besoin de faire un sport d’équipe en plus du judo.
Et faire des choses ensemble avec les copains !
Exactement ! Mon meilleur ami a commencé le rugby en même temps que moi, nos parents sont amis aussi. On était au club de Clichy dans le 92 et ça m’a tout de suite plu ! Au tout début, je ne pensais pas du tout à en faire mon métier. Cela a changé quand je suis arrivé au collège : j'ai tout de suite eu ce truc, et je me suis rendu à l’évidence : « J'ai envie d'être rugbyman plus tard ». Surtout que Clichy est vraiment à côté du Racing. Mon père a commencé à supporter le club, du coup moi aussi. Et l’envie d'aller porter le maillot a suivi !
Un rêve qui allait d’ailleurs se réaliser quelques années plus tard…
Tout d'abord, j'ai continué jusqu'à 15 ans dans mon club formateur. En arrivant au lycée, j'ai eu un appel du Racing qui avait dû me repérer à l’époque durant les sélections 92, où justement les trois quarts de l'équipe étaient des gamins du Racing (rire) ! Alors, quand tu es dans un autre club et que tu arrives à t'imposer dans l'équipe, on se souvient de toi, je crois. J'étais super content. La même année, j'ai fait des tests à Clermont aussi. Mais dans tous les cas, je voulais rester en Ile-de-France, surtout à cet âge-là. Et donc, j'ai fait six ans au Racing !
« L’objectif serait de rentrer en kiné dans les années qui arrivent »
Attaché à votre territoire c’est certain, vous avez toutefois vécu une folle aventure avec la sélection nationale… russe !
Mon père, c'est du produit 100% breton, mais ma mère étant Russe, j'ai pu avoir mes sélections avec la Russie. J'ai reçu un message d'abord sur Instagram, car a priori, ils ont des scouts en France. J'ai quand même répondu et au fil de la discussion, j'ai compris que c'était vraiment quelque chose de sérieux. J'en ai parlé à ma mère, à ce moment-là, tous les feux étaient au vert, il n'y avait pas encore le conflit russo-ukranien. Je suis parti là-bas pour préparer les matches de qualification pour la Coupe du Monde avant que la guerre ne commence. On a joué trois matches, et le mercredi précédant le week-end où l’on devait jouer la Géorgie, a débuté l'invasion. J'ai été assez surpris de l’image et du fonctionnement du rugby là-bas, parce que j'y allais un peu à l'aveugle. J’ai vite compris que c’était pris au sérieux, populaire, avec un vrai championnat pro d’une dizaine d’équipes.
Et pour l’avenir, vous imaginez avoir une autre corde à votre arc ?
L'objectif serait de rentrer en kiné dans les années qui arrivent. Là, je suis en train de faire un dossier, pour potentiellement y rentrer l'année prochaine. Je sais qu'il n'y a que peu de places pour les sportifs de haut niveau. Mais je ne renoncerai pas, je sais que c’est ma voie.
Recueilli par Gaëlle Louis

