Le FC Nantes champion de France 2000-2001 : « Quand je revois les images, encore aujourd'hui, j’ai des frissons »

Pour les 25 ans du 8e et dernier titre remporté par le FC Nantes, Yves Deroff et Mickaël Landreau, artisans de cette saison historique, reviennent sur un point de bascule dans l’histoire du club.

Avr 28, 2026 - 10:52
Le FC Nantes champion de France 2000-2001 : « Quand je revois les images, encore aujourd'hui, j’ai des frissons »
@Image tirée du documentaire Denoueix Le jeu avant le je réalisé par Théo Boyer

Avec quel état d'esprit avez-vous entamez cette saison 2000-2001 ?

Yves Deroff : On sort d'une saison compliquée. On se maintient à la dernière journée la saison précédente même si on remporte la Coupe de France pour la deuxième fois de suite. Tous les joueurs sont ensemble depuis 2 ans en pro et depuis plus longtemps en formation. Il y avait une continuité. L'entraîneur reste. Les joueurs restent. Il n’y a pas eu de doutes. A l’inverse, on repart avec plus d'expérience grâce à cette fin de saison assez intense. Elle nous a fait grandir. On ne voulait pas revivre ça.

Mickaël Landreau : Comme après une saison où on vient de jouer le maintien sur la dernière journée. On était plein d’émotions fortes au vu de la difficulté de la saison. De l’autre côté, on avait gagné un trophée donc la finalité de la saison a été exceptionnelle. Ces sentiments nous ont apporté beaucoup d'humilité.

Qu'est-ce qui vous a permis de remporter la Ligue 1 en 2000-2001 ?

Y.D : Il y a toujours une part de réussite dans les succès mais il faut aller la chercher. Le groupe se connaît depuis de nombreuses années. Le coach n’était pas remis en question. Personne n’était fataliste après les défaites ou les coups durs. Il y avait une osmose dans le groupe. On avait bien travaillé en avant-saison. C'est un tout. On aurait pu être champion même sans le maintien l’année précédente mais ça a aidé pour notre expérience.

M.L : Les deux titres en Coupe y ont participé. On a pris beaucoup de confiance. On a écrit des lignes sur le palmarès d'un club mythique. C’était aussi un effectif jeune. Chaque saison était une année d'apprentissage. Le recrutement a été fait à des postes stratégiques. Les arrivées nous ont permis d'être meilleurs. La clé, c’était Raynald Denoueix. C’était le chef d’orchestre de cet ensemble. Il trouvait les bons exercices pour nous faire progresser, pour apprendre tous les jours sur le jeu. Il était brillantissime sur l'analyse de l'adversaire. Il savait présenter les choses en fonction de nos forces et là où on pourrait contrer l'adversaire. Il y a aussi le docteur Fabrice Bryand. Il concevait toute la partie athlétique avec le coach. C'était un des enjeux forts dans notre capacité à courir, à reproduire les efforts. Son rôle a été crucial dans la réussite du groupe.

Quelle était l'âme de ce groupe ?

Y.D : On savait comment chacun fonctionnait. On connaissait nos forces, nos faiblesses. Le staff davantage. Ceux qui sont arrivés ont rapidement été dans la même philosophie. Tout le monde est allé dans le même sens. Quand il y a des victoires, de la réussite, inévitablement le groupe vit bien. Même s’il y a eu des frictions, ceux qui jouaient moins aidaient aussi à aller chercher des victoires.

M.L : Il y avait un mélange de beaucoup de joueurs formés au club, qui se connaissaient très bien, passaient beaucoup de temps ensemble et de quelques joueurs très expérimentés qui sont arrivés, comme Viorel Moldovan ou Nestor Fabbri, qui étaient d’énormes compétiteurs. A l'intérieur de toute l'équipe, il y en avait déjà donc ça a permis de nourrir l'ensemble.

A quel moment avez-vous commencé à y croire ?

Y.D : Le match avant la trêve hivernale à Bordeaux nous a fait basculer. On a vu qu’on pouvait faire de grandes choses sur cette deuxième partie de saison. La victoire à Monaco, lors de la deuxième journée reste un déclencheur. C'était le début de saison, face au champion en titre. Les premiers matchs étaient compliqués. On fait une bonne impression. Dans l'état d'esprit de tout le monde, à ce moment-là, on s’est dit qu’on pouvait faire quelque chose de grand.

M.L : Quand on va gagner à Bordeaux avant la trêve au mois de décembre. On avait perdu 5-0 au match aller à la Beaujoire. Là, on est sacré champion d'automne à Bordeaux. Une ville où c'est toujours difficile de gagner pour le FC Nantes après un match maîtrisé.

Quelle est l’image que tu gardes en tête sur cette saison ?

Y.D : Ce qui m'a marqué, c'est le dernier match contre Saint-Étienne à la Beaujoire avec l’envahissement de terrain, la fête sur le podium. Je l’avais vécu en jeune en regardant la génération 94-95. J'ai trouvé ça fabuleux. Quand je revois les images, encore aujourd'hui, j’ai des frissons. Quand tu es sportif de haut niveau, vivre des moments comme ça, c'est extraordinaire.

M.L : C'est le plaisir qu'on avait d'être ensemble tout en travaillant. Ça s’exprimait dans la joie du quotidien, dans les tous les moments qu'on passait en dehors du terrain. On gardait toujours l’envie de performer, de travailler, de courir, de mieux se comprendre.

La saison 2001-2002 est plus difficile avec le départ Raynald Denoueix en décembre. Vous jouez à nouveau le maintien…

Y.D : Ça a été très compliqué quand le coach a été limogé. Pour ceux qui l'avaient connu au centre de formation, c'était un peu notre père spirituel. C'était une grosse fracture pour nous. Sportivement, la saison était à 2 vitesses. La Champions League se passait bien. C’était une découverte pour la plupart d'entre nous. On a passé le premier tour avec de belles performances. Pour moi, c’était la 4e saison en pro, jouer si tôt en Ligue des Champions en ayant gagné 3 titres sur les 3 dernières saisons, c'était le Graal. D’un autre côté, on n'y arrivait pas en championnat. On s’est senti responsable après le limogeage du coach.

M.L : C’est le licenciement de l'entraîneur qui l’a rendu difficile, sinon c'était assez logique. On découvre la Ligue des champions avec un effectif qui n’a pas trop bougé. Avec l'enchaînement des matchs, ce que demande la Ligue des champions en termes d’énergie, de sollicitations, le championnat était plus difficile. On savait qu’on allait revenir, ce qui s'est passé d'ailleurs. On est revenu à notre niveau quand on a digéré tout ça physiquement.

Propos recueillis par Thibault Marchand