Pierre-Alain Picard, nouvel entraineur du FC Nantes Féminines : « Je voulais être au bon endroit pour franchir un nouveau palier »

A 35 ans, l’ancien entraineur de Dijon a signé pour deux ans sur le banc des Canaries. Ambition, choix, parcours, projet de jeu, recrutement, le technicien se livre pour le Journal Nantes Sport.

Jul 17, 2026 - 17:08
Pierre-Alain Picard, nouvel entraineur du FC Nantes Féminines : « Je voulais être au bon endroit pour franchir un nouveau palier »
@FC Nantes

Après 7 ans dans le football féminin, tu as entrainé des équipes de jeunes jusqu’au niveau national en gravissant les échelons avec Dijon. Pourquoi avoir choisi Nantes comme première destination après ?

Je voulais trouver un projet qui était sur une dynamique positive avec une certaine ferveur autour du football féminin. Nantes cochait ces cases. Je voulais absolument rester en première division. J'avais des propositions à l'étranger mais ce n'était clairement pas le bon moment. Je voulais trouver un projet plus gros que Dijon. Si l'histoire de Nantes sur le football féminin est récente, l'envergure du club garçons permet à la section féminine de se développer rapidement. En France, il y avait quelques postes de libre comme Montpellier, qui m’a contacté, mais c'était un projet de multi-propriété, c'est différent. Je voulais être au bon endroit pour franchir un nouveau palier.

L’année dernière était ta première saison en tant que coach principal. Que t’as apporté cette première expérience ?

Ça m'a convaincu que j'étais capable de le faire, que j'avais ma place parmi les 12 meilleurs techniciens français. Quand je prends Dijon, on réduit le budget et la masse salariale. On change énormément de joueuses. Tout le monde nous voit relégué en fin d'année. Finalement, on a prouvé qu'en travaillant intelligemment, on était capable de faire des belles choses.

« Le club a choisi une forme de continuité »

Le FC Nantes a grimpé assez rapidement, presque avec un seul coach, Nicolas Chabot, qui est aussi très apprécié des supporters. Qu'est-ce qu'on ressent quand on prend la suite d'une figure du club ?

Je m’entends très bien avec lui. Le club a choisi une forme de continuité. Dans le profil, c’est assez similaire : un jeune entraîneur, qui est passé par la formation, qui s'est construit dans un club, lui à Nantes, moi à Dijon. Passer après Nico, ce n'est pas facile. La place de Nantes n’est pas d'être 4e tous les ans. C'est la réalité. Sur la 2e partie de saison, ils étaient rentrés un peu dans le rang. C'est un défi de faire différemment pour que les supporters s'identifient à l'équipe, et que la section féminine renvoie une bonne image et qu'on ait de bons matchs, à Saupin ou à la Beaujoire. Les techniciens ne sont que de passage dans les clubs. Le plus important reste l'institution. On va tout faire pour qu’elle continue d'avancer, même après notre départ. C’est un projet que beaucoup de coachs auraient aimé diriger.

« A Nantes, j’ai vu qu’on pouvait encore aller plus loin dans la professionnalisation »

L'année dernière, Nicolas Chabot avait la charge de recrutement. C’est un rôle que tu as aussi ?

Non, j’ai signé comme entraîneur mais je me suis toujours impliqué dans le développement et dans la structuration des clubs où je suis passé. A Dijon, on a ouvert le centre de formation féminin. C'est quelque chose qui est ancré en moi. A Nantes, j’ai vu qu’on pouvait encore aller plus loin dans la professionnalisation. Je vais forcément intervenir dessus, même si ce n'est pas ma responsabilité. Pour le recrutement, tout le staff a participé à la construction de l'effectif. J'ai aussi impliqué Nicolas Ménard, le responsable administratif du club, pour que le projet soit autour du FC Nantes féminin, pas de moi. J'ai signé pour 2 ans. J'espère que dans 2 ans, on s'aimera encore et qu’on discutera pour continuer. Si ce n'est pas le cas, j’aimerai laisser quelque chose de structuré et d’organisé.

Il y a eu plus d’une dizaine de départs à l’intersaison. Comment construit-on un effectif avec autant de changements ?

J'ai pris contact avec toutes les joueuses pour savoir ce qu'elles voulaient faire. Pour certaines, leurs envies étaient plus claires que d'autres : partir ou rester. J'avais travaillé sur l'équipe. Je savais où je voulais aller. Il y a certaines joueuses en fin de contrat que je ne voulais pas conserver. On a essayé d’en prolonger mais elles ont fait un choix pour leur carrière, en saisissant des opportunités. Ça nous a alerté sur une chose : avoir plus d’une dizaine de joueuses en fin de contrat à la fin d'une saison, ça ne permet pas de se structurer. Tous les ans, les clubs féminins changent au maximum 1/3 de leur effectif. Là, c’était trop mais ça ne m'a pas inquiété non plus. Il y a des bonnes joueuses partout en France et à l'étranger. D'un autre côté, c'est presque aussi une opportunité de repartir sur quelque chose de nouveau. Ça pourrait clore la comparaison entre le FC Nantes de Nicolas Chabot et le mien.

Vous avez déjà annoncé plusieurs recrues. Quels profils manquent encore au club ?

Des joueuses ont déjà signé dans être annoncées : deux défenseures centrales, une latérale, deux numéros 6 et une excentrée. On travaille sur une deuxième gardienne et une latérale droite. On se garde aussi une cartouche pour un prêt. 80 % de l'équipe a signé, ou devrait avoir signé dans les prochains jours. Par rapport au chantier qu'on avait, on a plutôt bien avancé. Ça peut représenter 15 recrues. La volonté, c’était de travailler avec 18 joueuses confirmées, 2 gardiennes et 2 jeunes. C’est pourquoi Elsa Prézelin et Célia Gazeau, des joueuses formées au club, seront avec nous tous les jours. Elles vont devoir faire le nécessaire pour aller chercher leur premier contrat pro et du temps de jeu. C'est une belle année pour elles qui se profile. On va voir comment elles digèrent cette évolution.

« Ma philosophie, c'est d'avoir au maximum le ballon »

Tu as déclaré avoir un point commun avec le FC Nantes dans le jeu que tu souhaitais mettre en place. Quel est-il ?

Ma philosophie, c'est d'avoir au maximum le ballon même si contre certains adversaires, ce sera plus compliqué. J’aimerai avoir une vraie maîtrise collective. Pour cela, il faut un jeu avec du mouvement, de vraies intentions dans les passes. L'idée, c'est d’avoir de la verticalité, des jeux combinés. Par moments, on doit être capable de jouer en une touche pour créer des décalages. Je veux que notre équipe pose constamment des problèmes à l'adversaire avec le ballon pour les pousser à défendre des espaces afin d’en libérer d'autres. Sans le ballon, j’aimerai qu’on soit le plus actif possible, généreux dans le pressing pour qu'on puisse récupérer le ballon le plus vite et le plus haut possible, tout en prenant des précautions face à des adversaires supérieurs.

« La Beaujoire reste un lieu mythique du football français »

Tu vas aussi découvrir la Beaujoire sur le banc. Qu'est-ce que tu attends de ce moment-là ?

Je suis impatient, forcément. La Beaujoire reste un lieu mythique du football français. Il y a quelque chose qui se dégage de cet endroit. Quand on voit que le club peut remplir jusqu’à 15 000 places, en tant que jeune entraîneur, on a envie de vivre ces moments.

Vous avez 4 matchs de préparation avec 2 adversaires de Première Ligue. Quel est l'objectif de cette période ?

Ça va être de créer les repères pour les joueuses. On jouera avec différents systèmes parce que j'aime bien aussi les maintenir en éveil. Il fallait qu'on alterne les différents types d'oppositions. Je voulais qu'on ait un gros morceau avec Fleury en fin de préparation. Ça nous permettra de savoir où on en est. En plus des 4 matchs amicaux, il y aura une opposition interne. C'est un élément important pour voir les joueuses entre nous. On va tout faire pour créer des repères pour voir les prémices de ce qu’on veut faire pendant le championnat. Commencer par deux matchs de coupe de la Ligue, c’est bien parce qu’on peut finir notre préparation même si c’est de la compétition.

Propos recueillis par Thibault Marchand