HBC Nantes : ENTRETIEN : Valero Rivera, la leyenda aux quatorze saisons
Aux larmes, et caetera… Valero Rivera, au cœur de toutes les attentions lors de la der en championnat le 6 juin, a dit adieu à sa carrière mais seulement , il l’a promis, au revoir à Nantes. Un moment qu’il avait annoncé, à l’aube de ses 41 ans, avant même la reprise et qui a soulevé une vague de d’émotions et d’hommages.
Le destin a fait que la der de votre carrière s’est jouée à Nantes, face à votre ancien coéquipier et même coach Alberto Entrerrios !
C'est chouette, non ? C'est le dernier match, après vingt-trois ans de hand dont 14 saisons ici, c’est beaucoup d'émotions qui se mélangent. Je ne sais pas si c'est le hasard ou le destin mais je suis très content que le maximum de gens avec qui j'ai pu partager ma carrière aient été là pour mon dernier match. J'ai la chance d'avoir une femme très organisée, qui a pas mal géré les choses ! (rires)
Vous n’avez cesse de le répéter : dans cette saison hors normes, le soutien au quotidien vous a permis d’arriver le mieux possible sur cette ligne d’arrivée…
J'ai pu me concentrer sur les entraînements, sur les matchs. Ce n’est évidemment pas facile. Mais la priorité restait que toute l'équipe avait la motivation pour gagner une dernière fois à la maison tous ensemble. Et puis, il n'y a pas que mon départ. Ne pas gagner devant notre public pour dire au revoir aurait tout gâché, surtout par rapport à la saison qu'on a réalisée.
Vous avez préparé vos au revoir, écrit les grandes lignes ?
Non... ça se devait d’être au feeling. C'est mieux quand les émotions sortent. Je n'ai jamais vécu cette situation. Je voulais bien jouer et être concentré sur le match même si exceptionnellement, beaucoup de monde se retrouvait autour de moi, beaucoup d'amis, de famille. C’est compliqué de laisser cela de côté et profiter à la fin.
Vous avez été célébré dans toutes les autres salles où vous avez pu passer. Et vous avez surtout vécu un premier grand moment chez vous, à Barcelone. Cela vous avait donné un avant-goût ?
Ah non, c’était encore différent. Une fois de plus, je ne sais pas si c'est la chance ou le destin. On a fini la Coupe d'Europe à Barcelone et c'était juste génial. Même si le résultat n'était pas là.
Finir mon histoire avec la Ligue des Champions là où j'ai grandi... Je me rappelle, j'avais 6-7 ans. J'étais tout le temps là-bas. Il y avait encore les mêmes gardiens que quand j'étais petit ! Et toutes les personnes que je connaissais. C'était beau.
« La vie de groupe va me manquer »
Vous aviez annoncé en début de saison votre départ à la retraite. Quel regard portez-vous sur ces derniers mois ?
Je suis vraiment comblé de tout ça. Ça a été pour moi très bon à vivre. Je ne m'attendais pas à cet accueil, ces hommes. Surtout que ça veut dire que j'ai marqué un peu l'histoire de ce championnat de France et de l’un de plus grands clubs d’Europe aujourd’hui. Je remercierai toujours le H.
Vous appréhendiez ce moment ou l'attendiez-vous avec impatience ?
Tu ne joues pas un match en pensant à la fête qu'il peut y avoir après. Mais c'est vrai que j'avais envie de bien jouer chaque rencontre, de gagner ces matchs et après de passer un très bon moment avec tout le monde.
« Honnêtement ? Je n'ai pas savouré pleinement ces dernières fois parce que j'étais trop dedans. »
On parle souvent des premières fois. On se souvient toujours de sa première fois de quelque chose. Cette année, toi, ça a été, par rapport à ta carrière, des dernières fois. Tu parlais de ce dernier match de la Coupe d'Europe, cette dernière finale de la Coupe de France à Bercy et ce dernier match à domicile qui clôt la saison. Est-ce que c'est, en termes d'émotion, encore plus intense ?
En fait, je n'ai pas trop réfléchi à ça. Parce qu'il y avait des objectifs très élevés. Je pensais au match avant tout. Je ne pensais pas à la dernière fois dans une salle, dans une autre. Je me projetais seulement vers le match suivant. Je voulais rester concentré, comme je l'ai dit au début de l'année, sur cette saison, sur chaque match. Honnêtement ? Je n'ai pas savouré pleinement ces dernières fois parce que j'étais trop dedans.
Est-ce qu'il y a quand même un peu de soulagement que ça s'arrête ? Les entraînements, les déplacements, les matchs tous les trois jours…
C'est possible, mais surtout les voyages. Parce qu'après, j'adore ce que j'ai fait. J'adore aller m'entraîner. Même les voyages, j'adore être avec le groupe. Parce que dans les 14 ans au HBC Nantes, j'ai toujours eu de bons groupes. C'est fantastique de partager tout ça. Ça, ça va me manquer, la vie de groupe, c'est sûr. Mais c'est le moment d'arrêter aussi. Mon corps fatigue. Je vois que c'est la fin et c'est très bien comme ça.
« Je n'aurais jamais pu penser à une fin si belle »
Votre numéro 7 va être retiré : vous allez devenir une légende du club. Qu'est-ce que cela vous inspire ?
C'est quand même incroyable pour moi. Quand je suis arrivé ici, je ne pensais pas que ça allait finir ainsi. Pour moi, c'est une fierté de pouvoir être là-haut… A côté de Rock, ça va être encore mieux ! Je n'aurais jamais pu penser à une fin si belle que ça.
Tu as des souvenirs qui te reviennent de tes débuts, de tes premiers pas dans le handball ? Est-ce qu'on y pense encore plus quand on est au crépuscule de sa carrière ?
Non, je crois que je vais y réfléchir juste après. Pour l'instant, je n’y pense pas. Je me rappelle, j'ai parlé avec mon père quelques jours avant ma dernière. On ne pensait pas arriver à ce point-là. Même lui, moi et toute ma famille, on ne pensait pas arriver à avoir cette carrière que j'ai eue.
Je suis très fier de cela aussi.
Est-ce que vous avez pensé à comment réorganiser vos journées, à tout ce qui va changer dans votre vie ?
Pour l'instant, je vais prendre des grandes vacances comme je n'en ai jamais eues (rire) ! Ça va faire du bien jusqu'à août. J’ai plein de projets en tête et d’autres que j'ai mis en place il y a quelques temps déjà, liés au handball.
« J’ai toujours senti la confiance ici : Nantes, c’est ma maison »
Vous évoquiez Rock Feliho, resté au club. Est-ce qu'il y a quelque chose que vous avez déjà évoqué entre vous ?
Avec Rock, on parle de tout, souvent… Tous les jours en fait (sourire). Il n’est pas que mon ancien coéquipier : c’est un ami très cher. Alors oui, bien sûr qu'on a échangé sur le sujet. On est dans la même direction, tous les deux. Sa trajectoire post-carrière est inspirante. C'est quelqu'un qui travaille très bien, qui sait ce qu'il veut et qui est attaché au club, comme moi, dès le premier jour. Ce sont des valeurs auxquelles le club tient beaucoup, je crois. Et d'avoir des joueurs qui représentent les valeurs du club est toujours quelque chose de très bon.
Votre père reste l’un des plus grands sélectionneurs et entraîneur de l’histoire du handball. Vous êtes très proches, il est intimement lié à votre destinée de joueur : vous a-t-il donné l’envie de suivre cette lignée afin de devenir technicien de handball ?
Peut-être, mais pour l'instant, j'aimerais bien être avec les jeunes. Les jeunes, c'est quelque chose qui me motive, mais je ne pense pas faire une carrière comme entraîneur de handball.
« J’ai vu grandir le club et j’en suis très content. Je remercie les bénévoles et les salariés, toujours bienveillants et souriants, pour leur travail dans l’ombre, on se sent vraiment dans une famille. »
Maintenant que le rideau tombe, que garderez-vous de ces quatorze saisons sous le maillot du H ? Que souhaiteriez-vous dire à tous les supporters nantais ?
Que je me sens chez moi, que cela fera toujours partie de ma vie. Si je suis resté aussi longtemps, c’est parce que je me suis senti aimé. Je voudrais aussi remercier la fanfare, qui donne de sa voix depuis l’époque où on jouait encore à Mangin ! J’ai vu grandir le club et j’en suis très content. Je remercie les bénévoles et les salariés, toujours bienveillants et souriants, pour leur travail dans l’ombre, on se sent vraiment dans une famille.
À une période, ça n’allait pas très bien, je n’avais pas de club et Thierry Anti est venu me chercher. J’ai toujours senti la confiance ici : Nantes, c’est ma maison. Merci pour l’équipe de cette saison, même si on n’a pas atteint tous nos objectifs, on a su avoir cette envie de travailler avec toujours de la rigolade. Je pars avec beaucoup d’amour, vous serez toujours dans mon cœur.
Recueilli par Gaëlle Louis

