FC Nantes Féminines : Nicolas Chabot : « Beaucoup de freins autour de l'environnement nantais rendent difficile le développement »
Grand artisan de la promotion du FC Nantes en Première Ligue avant d’emmener les Jaunes et Vertes jusqu’en play-offs, le technicien évoque les raisons de son départ du club, en quête d’un cadre plus propice au développement.
Tu as été libéré de ton contrat à un an de la fin. Quelles sont les raisons de ton départ ?
Cette année, on avait le 6e budget du championnat. On était dernier dans les infrastructures. L'année prochaine, on allait probablement devenir le 7e budget en restant dernier dans les infrastructures. Il y avait peu de probabilité de refaire une saison aussi belle. C'était difficile pour moi d’envisager faire moins bien sur ma dernière année de contrat. J'avais besoin de trouver un projet où je pouvais être dans le développement infrastructurel et sportif.
C'est ce que tu vas trouver à Marseille ?
C’est un projet ambitieux, en développement. Un bâtiment de performance va sortir de terre juste pour les filles. Il va y avoir des investissements pour se développer sur le plan sportif, à moyen-long terme. A Nantes, les contraintes géopolitiques, politiques, financières, sociétales, environnementales nous empêchaient de travailler sur les infrastructures. On changeait 4 fois de site d'entraînement dans la semaine. Je ne voyais pas comment j'allais faire mieux pour attirer des joueuses et refaire un effectif dans ce contexte.
« La volonté du club a toujours été très claire. Même s'il y avait descente, le budget serait stabilisé »
La descente des garçons en Ligue 2 a aussi eu un impact ?
La volonté du club a toujours été très claire. Même s'il y avait descente, le budget serait stabilisé parce qu’il n’y avait pas de raison que ça ait des conséquences sur les féminines. La direction a bien géré la situation là-dessus. Quand tu descends, tu peux avoir de la stabilité mais pas d'investissement. J'estimais que ce n'était pas suffisant parce que Marseille nous serait passé devant. Strasbourg, Fleury, le Paris FC et le PSG étaient déjà devant en plus de Lyon. On était très proches de Saint-Étienne et Montpellier. On peut faire une saison exceptionnelle mais sur le moyen terme, avec ce fonctionnement quotidien, ça devenait plus compliqué.
« Les gens intelligents savent que partir est une décision sensée pour moi »
L'année prochaine, tu vas quand même revenir à Nantes. Tu penses déjà à ton retour à Saupin ou à La Beaujoire ?
Je serais très content de revenir à Nantes. J’ai une super connexion avec cette ville. Ça s'est super bien terminé, que ça soit avec la direction ou le public. Les gens intelligents savent que j'ai tout fait pour mener le club le plus haut possible, que partir est une décision sensée. Changer de projet pour un autre où j’aurais un équilibre familial, c’était important. A Marseille, il y a une qualité de vie. On peut vivre à 5-10 min de la plage et aller pique-niquer avec les enfants le soir, c'est aussi un luxe, au-delà d'avoir un club avec des envies et des possibilités de développer sa section.
« Beaucoup de freins autour de l'environnement nantais rendent difficile le développement »
Nantes a l'envie, mais beaucoup de freins autour de l'environnement nantais qui rendent difficile le développement. Certaines personnes ne comprennent pas. Je voudrais simplement dire qu’on avait amené le projet au maximum de ce qu’on pouvait. J’ai fait 12 ans en club. On peut dire que j’ai été fidèle (rires). Bien terminé avec la direction, avec tout le monde, me font dire que je pourrais revenir un jour. On ne sait pas de quoi demain est fait. Je n’exclue rien. Aujourd'hui, je suis très heureux du projet et stimulé par les nouvelles possibilités qu'on a avec du temps et de la stabilité. Il n’y a pas beaucoup de projets dans lesquels on te recrute en te disant que tu peux poser tes valises pour 3 ans. C'est sécurisant pour la famille, pour le staff. On a passé des années incroyables à Nantes. On a partagé des moments fous. Je pense que les supporters n’oublieront jamais ce qu'on a fait pour le club. De notre côté, on n'oubliera jamais ce qu'ils ont fait pour nous soutenir au quotidien. Il y a une vraie relation d'amour.
« Même si j'étais resté, je n'aurais pas réussi à retenir beaucoup de joueuses »
Certaines joueuses du FC Nantes te suivront à Marseille ?
On m'a envoyé des messages en m’accusant de piquer des joueuses. Elles sont matures et libres de faire leur choix. Celles qui viendront ont envie de nous rejoindre, de continuer l'aventure. Dans le milieu féminin, quand des joueuses ont la confiance du coach, avec le vécu qu’on a ensemble, elles souhaitent garder cet environnement. Celles qui partiront souhaitent aussi trouver cette possibilité de développement et d'autres conditions qu'elles n’avaient pas à Nantes. Même si j'étais resté, je n'aurais pas réussi à en retenir beaucoup. Pour ça, il faut un projet sportif, qu’on avait. Il faut aussi des moyens financiers et d'infrastructures. Il n’y a pas de secret. Quand sur les 2 autres leviers, tu ne peux pas les convaincre suffisamment, les joueuses ne seraient pas restées pour moi.
Propos recueillis par Thibault Marchand

