Stade Nantais : Floch et Cochard : « à un moment, tu n’en peux plus d’être là sans être vraiment acteur…»
Blessés durant la pré-saison, les deux joueurs majeurs que sont Lory Cochard et Youenn Floch ont su se soutenir loin du terrain. Quatre mois comme un voyage initiatique qui n’a fait que nourrir leur motivation.
L’un comme l’autre, outre votre énergie rechargée au maximum, il a fallu gérer la frustration… Le plus grand frein était de se retrouver en tant que spectateurs tout au long de la première partie de saison ?
L.C. : C’était dur de venir au match, de regarder les gars, c’était un peu long. Et surtout de ne pas être sur le terrain avec les gars, même à l’entraînement de pas pouvoir amener un tout petit peu sa pierre à l’édifice. Mais c’était vu avec le chirurgien, il n’y avait pas de surprise. J’aurais pu essayer de reprendre à la mi-décembre lors le dernier match, mais c’était un peu tôt. Il fallait mieux attendre, faire les choses bien… J’aurais bien aimé reprendre à Drancy début janvier, histoire de faire de nouveau chauffer la machine, mais le match a été annulé (rire).
Y.F. : Être ensemble, se soutenir, c’est cool oui, cela apaise. On partage un peu de nos galères, on dédramatise. Mais honnêtement, il y a un moment où tu satures. Tu n’en peux plus d’être là sans être vraiment acteur. Je suis arrivé à un stade où je n’arrivais plus à venir aux entraînements.
Lory Cochard
« On renoue avec notre ADN de coéquipiers, on apprend les uns des autres. » Lory Cochard
On vous a vu avancer ensemble, partager beaucoup…
L.C. : C’était vraiment dur de voir l’hécatombe chez les arrières… On a su aussi se motiver les uns les autres, se tirer vers le haut. Avec Youenn (Floch) et Seb (Lafrancesca), on est allés à Saint-Jacques pour faire notre rééducation kiné là-bas, on s’est fait des séances de muscu. Et retrouver l’esprit collectif dans une blessure qui peut isoler. Personnellement, j’ai la chance d’être d’ici, avec ma famille et mes amis proches. Seb’ est, lui, de Marseille… On renoue avec notre ADN de coéquipiers, on apprend les uns des autres.
Y.F. : Je suis arrivé à un moment où je me posais la question « Est-ce que j’arrêtais ou pas ? ». J’avais déjà touché le fond, et en fait je vois que je peux encore tomber plus bas. Le gros choc a été quand mon frère est devenu papa. Je suis le parrain et dans les premiers moments où j’ai voulu porter ma nièce, j’ai eu du mal au début à la porter. Alors on relativise petit à petit, mais le plus dur est de repartir de l’avant. J’ai travaillé avec un préparateur mental et j’en ai parlé avec ma famille, le staff. Et en fait non (sourire). Preuve en est : je suis là !
« Peu importe ton statut dans l’équipe, dès que tu es blessé, tu ne te sens pas du tout légitime à parler. » Lory Cochard
Pour finalement retrouver la compétition en ce début 2026 !
Y.F. : A Graulhet, cela faisait presque un an que je n’avais pas joué… Alors lors des premières minutes, quand je suis rentré, je me suis quand même demandé ce que je devais faire (rire) ! Mais cela revient vite à la normalité et au bout de deux minutes j’étais bien dans le réel. Tant que je ne lâche pas, tant que mon corps accepte la douleur, je joue. J’ai été prévenu que je n’aurais plus jamais le même corps qu’avant, que je ne pourrai plus jamais récupérer toute ma mobilité. Donc en fait je vis avec, je travaille avec et ça se passe bien. Le plus important est de se muscler la tête.
L.C. : On est dans une position particulière aussi, auprès de ceux qui sont valides : ne pas pouvoir intervenir, à part soutenir… Et devoir trouver les bons mots ! Peu importe ton statut dans l’équipe, dès que tu es blessé, tu ne te sens pas du tout légitime à parler. Les résultats étaient un peu compliqués, tu sens que des choses grincent un peu, mais vu que je ne vivais pas les choses avec eux, j’ai essayé au mieux de rassurer, d’accompagner. Être coupé du collectif quatre, cinq mois, c’est très long…
« A Graulhet, cela faisait presque un an que je n’avais pas joué… Alors lors des premières minutes, quand je suis rentré, je me suis quand même demandé ce que je devais faire (rire) ! » Youenn Floch
Il faut récupérer la confiance en soi mais aussi celle du staff et du groupe, et prouver de nouveau…
Y.F. : Oui, parce qu’on connaît ces retours de blessures. Et me concernant, j'ai eu une saveur particulière. On arrive dans un club avec un certain statut, la carrière qu'il y a eu avant, qu'on a faite, Donc forcément, il y a beaucoup d'attentes : les gens t'attendent avec impatience. Je parle des supporters, du staff et bien sûr des joueurs. Ils attendent que tu produises ce que tu produisais avant et toi, tu as envie de montrer ça tout de suite. Sauf que tu sais très bien que ça ne reviendra pas tout de suite.
L.C. : Tu es tellement content de reprendre, mais il plane dans les premiers instants l’idée de ne pas faire le geste de trop, ou louper parce que tu n'es pas encore pleinement en capacité de le faire. Ce sentiment m’a vite quitté et c’est la confiance générale du club qui a pu m’accompagner au final dans cette reprise.
Recueilli par Gaëlle Louis
