FC Nantes Féminines : Nicolas Chabot : « On se rendra peut-être compte plus tard de ce qu'on a fait »

Libéré de la dernière année de son contrat avant de signer à l’Olympique de Marseille, l’entraineur de la section féminines depuis 3 saisons revient sur son parcours à Nantes et sa dernière année historique.

Jun 15, 2026 - 08:37
FC Nantes Féminines : Nicolas Chabot : « On se rendra peut-être compte plus tard de ce qu'on a fait »
@Thibault Marchand

Après plusieurs années dans les sections jeunes du club, tu as pris la tête de l'équipe il y a 3 ans et tu l'as amené en play-offs cette année. Comment es-tu parvenu à mener cette équipe aussi haut ?

Je suis entré en 2014 au club. Sur la partie féminine, on avait construit une équipe pour essayer de faire la remontée de D3 à la D2. Avec le maintien administratif en deuxième division, on s'est retrouvé finalement à jouer la montée pour la D1 avec le même effectif. On a stabilisé une partie de l'effectif qui avait été promue et recruté une autre moitié. Certaines joueuses ont vécu 3 ans dans le projet. Certaines ont eu plus de mal à passer un cap cette année mais elles nous ont accompagnées en permettant d’avoir une bonne largeur d'effectif. Elles ont aussi été très importantes, que ce soit lors des entraînements et lors de leurs entrées. Nos recrues ont amélioré la qualité de l’effectif pour nous permettre de gagner plus de matchs. Le sérieux du travail, la qualité des joueuses et les valeurs d'équipe ont permis à tous les paramètres d’être alignés sur le sportif. Avec la communication, le marketing, et le reste, tout a tiré la section vers le haut.

A quel moment avez-vous cru au haut de tableau cette saison ?

A partir de janvier, février. On était 4e et on repasse devant le Paris FC début janvier. On se dit qu’il y a vraiment de quoi jouer. C'est souvent après la première période de la saison que tu commences à faire un premier bilan. Pour nous, la tendance allait vers le haut.

« On méritait d’être européennes »

Vous n’échouez pas loin d’une compétition continentale. Certains supporters scandaient « Nantes, Coupe d’Europe » en fin de saison. Vous y avez cru en interne ?

C'était particulier parce qu’on était 2e mais sportivement, le Paris Saint-Germain aurait dû être devant nous. On considérait qu’on était 3e. Étant donné qu'on avait battu le Paris FC sur les doubles confrontations, on méritait sportivement d'être à cette place à la fin de la saison. Les Parisiennes ont été plus régulières. On a lâché quelques points qu’on n’aurait pas dû si on avait voulu être européen. Avec un groupe jeune, qui joue ensemble depuis un an, c'est dur de maintenir le cap toute l'année. Sur la phase retour, une seule équipe nous bat. Sur 22 matchs de championnat, on prend des points lors de 17 d’entre eux et ce n'est pas suffisant pour être européen. Ça montre le niveau du championnat français.

« C'est déjà un miracle d'avoir tenu sur une mi-temps »

As-tu des regrets sur votre lourde défaite (8-0) en play-offs face à l’OL Lyonnes ?

Quand je vois que le Paris FC a encaissé 5 buts et qu'il y avait 3-0 en 20 minutes, je n'ai pas beaucoup de regrets. En finale de Ligue des Champions, on voit le Barça marquer 4 buts aux Lyonnaises. Quand il y a une supériorité, elle est visible. La masse salariale d’une de leur joueuse vaut celle de plus de 20 de mon effectif. Ça n'a rien à voir. C'est déjà un miracle d'avoir tenu sur une mi-temps, d'avoir dépensé autant d’énergie pendant 45 minutes. Je ne suis pas sûr qu'il y ait beaucoup d'équipes cette saison qui aient réussi à le faire. Et puis, c'était le Grand Lyon. On a craqué mais le match aurait pu être fini au bout de 20 minutes. C'est mieux qu’il le soit à la 60e.

Et sur l’ensemble de la saison ?

On était à notre place. Notre petit regret, c'est le match à la Beaujoire contre le PSG. On doit faire match nul s'il n'y a pas autant d'erreurs. On aurait pu rester au contact encore plus longtemps. Je suis très fier de ce qu'on a fait et de comment on l'a fait. C'est déjà miraculeux dès la 2e saison de passer toute l’année sur le podium. On ne retiendra que le positif.

« C’est le trophée d'une saison historique qui restera gravé à jamais pour nous. »

Tu remportes le titre de meilleur entraîneur du championnat décerné par la LFFP. Qu’est-ce que tu ressens par rapport à ce trophée ?

De la fierté parce que j’ai été élu par mes pairs et par les gens du championnat. Être reconnu par ceux que tu estimes, c’est gratifiant. Ce titre n’est pas que sur la saison. C’est une récompense pour l'enchaînement de nos 3 années. C'est plus un trophée de staff qu'un trophée individuel. Le staff met en avant les joueuses et les accompagne mais ce sont elles qui font briller le staff et le club par leurs résultats. C’est le trophée d'une saison historique qui restera gravé à jamais pour nous. A chaque fois que je vais voir ce trophée, je vais penser à l'énergie d'équipe, à la saison incroyable qu'on a vécue. Ce sera un souvenir marquant dans nos vies.

A Nantes, tu avais la charge du recrutement. Ça t'a aussi permis de tirer cette équipe vers le haut ?

Je jouais un rôle transversal entre la direction sportive, le recrutement et le management de l'équipe. J'avais la triple casquette avec beaucoup d'autonomie. Ça m’a permis d'être assez libre dans les choix à faire. Quand on se plante, c’est aussi moi le responsable mais c'est toujours bien. J’ai pu choisir des profils alignés avec les valeurs du groupe et le jeu qu'on voulait pratiquer.

« On se rendra peut-être compte plus tard de ce qu'on a fait. »

Quel souvenir garderas-tu de ces 3 saisons à la tête de l'équipe première ?

C'est difficilement descriptible. Je pensais avoir vécu les plus belles émotions lors de la montée. Finalement, on en a vécu des encore plus fortes en gagnant à La Beaujoire face au Paris FC. On se qualifie pour les play-offs. Le sport est fait pour partager ces émotions-là avec un groupe de joueuses et un staff que tu apprécies. On a toujours eu des moments plus fous les uns que les autres. J’espère que dans nos carrières, on aura encore l'occasion de vivre ces moments-là. C'est un sentiment indescriptible. On se rendra peut-être compte plus tard de ce qu'on a fait.