Quand la Ligue 1 tremble à cause des finances
Angers, le Havre, toujours la menace d’une relégation administrative qui pourrait sauver Nantes ? Les deux clubs, qui ont acquis leur maintien sur le terrain sportif, sont fortement impactés par la crise des droits TV. Le SCO et le HAC, et surtout Lyon (repris en main depuis par sa propriétaire milliardaire) avaient pourtant connu un été 2025 très tendu, avec même une relégation envisagée par la DNCG, transformée finalement en un encadrement de leur masse salariale pour cette saison. Mais les deux clubs de l’Ouest restent dans le viseur du gendarme du foot français, qui va passer toute la Ligue 1 en revue. Cette fois, la baisse des revenus télévisuels pourrait-elle entrainer des sanctions plus lourdes en fin de saison 2026 ? Et faire le jeu du FCN, sur un malentendu ? Des suiveurs des clubs concernés font le point, pour Nantes Sport.
« Au SCO, ça va dans le bon sens financièrement »
Gildas Crozon, journaliste au Courrier de l’Ouest et suiveur du club angevin, est plus optimiste concernant le club du Maine-et-Loire, qui a bénéficié de plusieurs transferts conséquents en 2025-2026.
Quel est l’état de la situation financière de l’Angers SCO ?
Il y a des inquiétudes. C'est un club à part en Ligue 1, comme Nantes, mais plus fragile au niveau de son actionnariat. Saïd Chabane est propriétaire et actionnaire quasiment unique mais il ne peut remettre de l'argent dès qu'il y a des trous. La crise des droites TV a fortement impacté le club. C’était une recette fondamentale. En conséquence, l'été dernier, ils ont énormément baissé la masse salariale. Même en l’ayant autant diminué, les recettes ne permettent pas de compenser. Leur seul levier, c'est la vente de joueurs. Avec les départs d’Esteban Lepaul pour 13,5M, Sidiki Chérif pour 18M et Himad Abdelli pour 2,75M, le club est arrivé à un équilibre. Je pense même qu’ils vont être excédentaires parce que ce sont de sacrées ventes. C’est une bouffée d’oxygène pour eux. Etant donné qu’il y avait un endettement, ils n’ont pas prévu d'investir sur le marché des transferts. L’année dernière, ils sont passés de justesse à la DNCG. Il y a eu un encadrement salarial et ils n’ont pas pu enregistrer Steve Mounié et Rémy Labeau-Lascary malgré la vente d’Esteban Lepaul.
Cette vague de départ va se poursuivre ?
Certains jeunes joueurs ont fait l'objet d'offres. C'est ce que le club a dit à l'hiver dernier. Le plus bankable, c’est Prosper Peter. Il est jeune et c'est un attaquant. Pour les autres, leur valeur est plus faible mais il pourrait y en avoir plusieurs qui valent entre 5 et 10 M
Le risque de la rétrogradation administrative plane-t-il toujours sur Angers cet été ?
Je ne pense pas. Selon moi, les transferts de cette année vont sécuriser le passage. En novembre, leurs encadrements ont été levé. Ça va dans le bon sens et depuis, ils ont vendu Sidiki Chérif. Saïd Chabane, l’actionnaire du club, est réputé pour sa gestion assez rigoureuse, d'autant plus quand la situation est fragile. Angers ne devrait pas tout d'un coup se mettre à dépenser. Même s’ils vont mieux financièrement, la saison prochaine sera plus compliquée pour eux, comme pour tout le monde. Ils toucheront encore moins de droits TV que cette année. Ils pouvaient budgétiser entre 3 M et 3,5M. En 2026-2027, Bein se désengage de leur dernier match et le reliquat de Dazn disparait. Ils avaient accepté de payer une forme d'indemnité de sortie sur une année.
« Les finances du Havre AC ne sont pas reluisantes »
Journaliste à Paris-Normandie et suiveur du club normand, Benoit Donckele craint de nouvelles sanctions lors de son prochain passage à la DNCG.
Quel est l’état de la situation financière du Havre AC ?
Elle n’est pas super reluisante. Blue Crow, l'actionnaire du club, n’est pas décidé à réinjecter beaucoup d'argent. Il y a toujours un trou, probablement de l’ordre de 9 millions d’euros. Cet été, il va falloir vendre mais ça va être très compliqué parce que la plus forte valeur marchande du club, Stephan Zagadou, vient de se blesser (rupture des ligaments croisés). Il ne partira pas cet été. Il ne reste pas beaucoup de possibilité de vente pour équilibrer les comptes. Le Havre devrait repartir de la DNCG avec, encore une fois, une masse salariale encadrée à son prochain passage et une interdiction de recruter à titre onéreux.
L’arrivée de Blue Crow l’été dernier n’a pas permis de redresser les finances ?
Pas du tout. Ils ont dû réinjecter un peu d'argent pour combler le trou, mais ça n’a pas changé la vie du club. L'été dernier, ils ont recruté pour 0 euros, pareil cet hiver. Leur arrivée a peut-être évité une relégation administrative l'été dernier. Le HAC n’en était pas très loin.
A quel point la baisse des droits TV va impacter le club ?
C'est énorme. C'est une perte de quasiment 9 à 10 millions d'euros. Pour un club qui a 25 millions d'euros de budget, ça fait beaucoup.
Le risque n’est-il pas davantage pour la fin de saison 2026-2027 ?
Ça va dépendre des ventes de l’été. Stephan Zagadou ne partira pas mais ils ont refait signer Rassoul Ndiaye qui a une valeur marchande. Ils ont le japonais Seko, l'une des belles révélations, qui va disputer la Coupe du monde. Il y a pas mal de fin de contrat : Arouna Sanganté, Yassine Kechta, Issa Soumaré, Gautier Lloris. Ce sont des cadres de l'équipe qui partiront gratuitement sans pouvoir être prolongés simplement parce qu'il n’y a pas de budget.
Propos recueillis par Thibault Marchand

