FC Nantes : La relégation ? Même pas mal, financièrement

Alors que le FC Nantes prend la direction de la Ligue 2, le contexte sportif s’ajoute à la crise des droits télévisuels qui laissent entrevoir des heures sombres pour le football français. A l’aube d’un changement structurel qui s’annonce majeur pour le club des bords de l’Erdre, quelles seront les conséquences financières d’une rétrogradation sportive ?

May 12, 2026 - 14:41
FC Nantes : La relégation ? Même pas mal, financièrement

Un passage en Ligue 2, ce sont de nombreuses coupes budgétaires à prévoir. Luc Dayan, économiste du sport, qui a connu cette situation en accompagnant le FC Nantes lors de la descente du club en 2007, explique les différents points à prendre en compte : « Il faut anticiper une baisse des recettes spectateurs, du sponsoring, des droits TV, parfois des subventions des collectivités. Un joueur de Ligue 2 se vend également moins cher qu’en Ligue 1 ». Une baisse de revenus qui doit s’accompagner d’une baisse des charges pour équilibrer les comptes : « En Ligue 2, vous êtes obligé de baisser votre masse salariale. Dans ces situations, on essaie de faire un budget prévisionnel de l'année suivante en tenant compte des contrats des joueurs. Tout dépend des clauses qui y sont présentes. En cas de descente, certains pourraient être libres ou voir leur salaire baisser. Tout est écrit. Il faut analyser chaque contrat et parler avec les agents pour savoir si les joueurs veulent rester ou pas. C’est très intense parce qu’il faut à la fois rebâtir un effectif compétitif et régler le problème économique ».

Plus de 90 millions d’euros réinjectés sur les 5 dernières années dont la moitié la saison dernière

Une descente probable qui s’inscrit dans un contexte économique qui semble défavorable au FC Nantes. Pourtant, Waldemar Kita a toujours couvert les dettes des Canaris. Les comptes annuels des clubs publiés par la DNCG mettent en valeur certains aspects. Le franco-polonais a les reins solides et réinjecte chaque année beaucoup d’argent. En 5 ans, l’homme d’affaires a sorti de sa poche 90 millions d’euros pour renflouer les caisses dont la moitié, uniquement sur la saison 2024-2025. Cette somme importante comble des dettes et pourraient être inquiétante mais les sources sont multiples et sont les conséquences du contexte sportif et économique. En 2021-2022, le FC Nantes remporte la Coupe de France et se qualifie en Coupe d’Europe. Entre ambitions, salaires relevés et primes en tout genre – difficile d’en connaître le détail – les salaires du club passent de 42,9 M à 56,5 M en 2 ans.

« On peut dire ce qu’on veut, Waldemar Kita a toujours couvert les pertes » Luc Dayan

Une augmentation un temps couverte par l’augmentation des droits télévisuels, passant de 24 à 30 M en 2022-2023, l’année de l’Europe, et une année à 31,7 M de vente de joueurs en 2023-2024 (Blas, Merlin, Adson, Girotto, Delort). Vient alors la crise des droits télévisuels. Alors que ceux-ci ont diminué de près de 7M entre 2023-2024 et 2024-2025, le FC Nantes n’a pas comblé ce manque à gagner par des ventes de joueurs. Conservant la même masse salariale que lorsqu’elle jouait l’Europe (à 1 M près), le déficit généré par la crise a poussé le président nantais à réinvestir 45 millions d’euros en 1 an. « On peut dire ce qu’on veut, Waldemar Kita a toujours couvert les pertes », analyse Luc Dayan. Le franco-polonais prévenait d’ailleurs que son départ ferait du mal au club dans un entretien accordé à Eurosport en avril : « Ça va finir comme Bordeaux si ça continue… »

40% de diminution des salaires en 1 an… Encore plus en Ligue 2 ?

Si le président nantais a fait en sorte que cela n’arrive pas, la situation en début de saison a tout de même entrainé une certaine cure d’austérité. Avec plus de 39,5 M de ventes de joueurs, le départ de la plupart des gros salaires du club (Simon, Augusto, Chirivella, Castelletto, Kadewere, Coco, Pallois, Mollet, Lafont), L’Equipe annonçait début avril que le FC Nantes aurait déjà réduit sa masse salariale de 40% en un an. Si ces pertes ont peut-être causé la chute des performances sur le terrain et la dégringolade au classement, le club a fait face à ses revenus diminués. En cas de descente, la baisse de la masse salariale devrait logiquement se poursuivre. Avec les départs probables de joueurs en fin de contrat parmi Lopes, Coquelin, El Arabi, Cabella, Carlgren, Guilbert, Cozza et Kaba, dont 4 font partie des 12 plus gros salaires du club, sans compter les transferts potentiels d’éléments parmi les mieux rémunérés comme Mohamed, Lepenant ou Abline, ces charges devraient fondre à nouveau à l’été.

« Aujourd’hui, une descente en Ligue 2 est moins traumatisante économiquement »

Il est certain que ces charges diminuées seront accompagnées d’une baisse de revenus. Un club comme Saint-Etienne a, par exemple, vu ses recettes de matchs réduit de moitié (5,6 M à 2,9M) lors de leur relégation en 2022-2023, même chose pour les rentrées d’argent liées aux sponsorings, passés de 10,9 M à 6,8 M. Là où la situation est différente, c’est pour le 3e volet financier : les droits TV. La crise devrait paradoxalement permettre au FC Nantes de ne pas tant se retrouver en difficulté financière que ça comme l’explique Luc Dayan : « Le différentiel entre les droits TV de Ligue 1 et de Ligue 2 n’est pas si important. Ça rend une descente en Ligue 2 moins traumatisante économiquement ». Avec une réduction des salaires déjà anticipée, des revenus qui ne diminueront pas tant et un propriétaire, toujours prêt à remettre de l’argent pour maintenir le club à flot, une relégation pourrait ne pas entrainer de problèmes structurels graves au FC Nantes. Toutefois, des coupes budgétaires devraient être faites. Restent à savoir lesquelles. Personnel administratif ? Section féminine ? Centre de formation ? Sans une vente du FC Nantes de la part de Waldemar Kita, la survie du club reste liée au bon vouloir du président, qui pourrait faire couler le club en arrêtant de mettre de l’argent au bout mais comme évoqué dans son entretien à Eurosport, ce ne semble pas être d’actualité : « Je pourrai lâcher tout le monde demain mais ce n’est pas honnête ».

Thibault Marchand