Nicolas Ménard, manager FC Nantes Féminines : « Maintenant que le foot féminin s'est développé, on ressent moins les stéréotypes de genre »

Enjeux sociétaux, professionnalisation du sport, problématiques de calendrier, influence sur le territoire, le responsable administratif de la section féminine du FC Nantes revient sur l’évolution du football féminin en France.

Avr 1, 2026 - 11:27
Mar 11, 2026 - 13:01
Nicolas Ménard, manager FC Nantes Féminines : « Maintenant que le foot féminin s'est développé, on ressent moins les stéréotypes de genre »
@FC Nantes Féminines

Comment a évolué le football féminin ces dernières années ?

Il y a 10 ans, il existait peu médiatiquement en dehors de l'équipe de France. Désormais, le championnat se développe, les sections féminines apparaissent dans de nombreux clubs. Il y a de plus en plus de licenciés. C'est un cercle vertueux. Plus le sport est médiatisé, plus le nombre de filles qui jouent au foot dans des clubs amateurs augmente. Le sport est plus suivi. L’affluence augmente. La mise en avant également. Les revenus générés en billetterie ou partenariats sont plus importants. Malgré tout, il ne faut pas se comparer au championnat masculin. Nous ne sommes pas sur les mêmes ordres de grandeur. A Nantes, la section féminines est plus proche de ce que fait le HBC Nantes, même s’ils sont encore loin devant. Quand on fait des matchs à la Beaujoire, ça ressemble aux rencontres du H au Hall XXL. On amène un côté événementiel.

« Il ne faut pas se comparer au championnat masculin »

Quelles limites le FC Nantes Féminines rencontre aujourd’hui ?

Les infrastructures sont nos plus grosses limites. Les joueuses ne s’entrainent pas toujours à La Jonelière. Le centre d’entrainement a été construit il y a quelques années. Avec les professionnels, le centre de formation et les féminines, on est limité en termes de place. Il ne faut pas non plus négliger l'importance du soutien financier. La section féminine vit grâce à l’ensemble du FC Nantes. En dehors de l’OL Lyonnes, ce modèle n’est pas rentable pour l'instant mais ce pourrait être le cas dans quelques années. La Ligue féminine du football professionnel (LFFP) essaie de médiatiser au mieux le championnat pour qu'il se développe, qu'il soit connu, qu'il y ait des têtes d'affiche…

Vous ressentez encore des stéréotypes de genre ?

Maintenant que le foot féminin s'est développé, que la médiatisation s'améliore, à notre échelle, on ressent moins les stéréotypes de genre. Il y a des gens qui aiment et des gens qui n'aiment pas. Mais c'est normal, car c’est une approche très différente de la pratique. Le passionné de foot féminin vient voir autre chose qu'un simple match de foot.

On connait plus ou moins la manière de devenir professionnel pour un garçon avec les centres de formation, les équipes réserves… Qu’en est-il des filles ? Quelles sont les étapes à franchir pour devenir pro ?

Aujourd'hui, il y a peu de centres de formation. Les clubs, soutenus par la LFFP, sont en train d’en créer. On va essayer de le développer au FC Nantes. Quand on voit des joueuses comme Julie Swierot ou Melissa Bethi, elles ont été formées à l’OL, l’un des seuls clubs à en avoir un. A Nantes, Camille Robillard ou Juliette Mossard sont issues de notre section sportive. Ce sont des modèles. A l’inverse, Maurine Cosson a évolué en Vendée pendant des années à un niveau semi-professionnel à la Roche ESO. Elle a eu son premier contrat professionnel en arrivant au FC Nantes. En Arkema Premier Ligue, de plus en plus de joueuses sont issues de centres de formation ou clubs professionnels.

« Avoir un centre de formation féminin est un objectif à court ou moyen terme »

Qu’est-ce qu’il manque pour avoir un centre de formation ?

C'est un objectif à court ou moyen terme. On va essayer de déposer un dossier pour la saison prochaine. On doit encore adapter les infrastructures, trouver les solutions scolaires et d'internat tout en harmonisant la partie financière.

Comment se passe la professionnalisation en Arkéma Première Ligue ?

Les 12 équipes de chacune des deux premières divisions sont professionnelles avec une vingtaine de filles par effectif. Les salaires sont plus faibles que dans le foot masculin. Les carrières sont plus courtes et elles gagnent moins alors les joueuses s’intéressent davantage au monde de l’entreprise. Pour beaucoup, les études ont eu une place importante dans leur début de carrière, car elles ne sont pas toutes passées par un centre de formation très jeunes. Elles arrivent en Arkema Première Ligue avec un bagage scolaire intéressant.

Les jeunes qui arrivent ont-elles une vision différente de leur carrière footballistique ?

Celles qui viennent de centres de formation se posent moins cette question. Ça dépend aussi de leur mentalité. C'est propre à chacune d'entre elles. Juliette Mossard, par exemple, continue des études à distance. D'autres ne vont pas en faire. Il n’y a pas de tendance fondamentale.

« Garder cette proximité avec notre public, c’est ce qui fait l'essence du foot féminin. »

En mars, vous vous rendez à La Beaujoire le 28 mars pour affronter le PSG avec déjà plus de 5 000 billets vendus. Ça montre que le FC Nantes Féminines est un vecteur de progrès ?

Lors des 2 premiers matchs de la saison là-bas, on a réussi à faire venir du monde avec des invitations pour les clubs. A l'OM, ils ont déjà dépassé les 30 000 spectateurs au Vélodrome avec uniquement des places gratuites. Contre Paris, on laisse des tarifs relativement bas : à 5€ ou 10€. On souhaite garder le public, le faire venir de manière régulière et assurer une affluence importante pour en faire un moment de fête. Ce qui est bien, c’est qu’en Arkéma, on est plus libre sur les animations qu’en Ligue 1. Le protocole est plus strict. On apporte de nouvelles choses pour renforcer l'expérience spectateur. Garder cette proximité avec notre public, c’est ce qui fait l'essence du foot féminin.

Tu sens grandir l'engouement cette année ?

Les résultats attirent du monde. Le sport féminin se développe. C’est la 2e saison du club en Première ligue. Les joueuses sont de plus en plus reconnues dans leur vie privée. Le travail de communication est efficace. On montre plus de coulisses. Les gens peuvent s'identifier aux joueuses. Ça amène de la sympathie envers le groupe.

A Nantes, les Neptunes sont comme une égérie du sport féminin. Le but est de se rapprocher de ce type de modèle ?

Pas forcément. On fait partie du FC Nantes. L'identité du club doit se rapprocher de celle des garçons. Avoir plusieurs clubs de haut niveau dans la même ville, ça draine beaucoup de supporters. Nantes est une ville sportive. On regarde ce qui se fait dans les autres clubs, en termes d'animation, de vie. On échange avec l’ALPCM Basket, notamment, pour se développer. Chaque club a sa réalité mais on regarde les bonnes idées en essayant d'être novateur.

« C'est important pour la ville d'avoir un maximum de clubs de sport de haut un niveau. »

Quel est l’intérêt pour la Ville d’avoir un FC Nantes Féminines performant ?

C'est important d'avoir un maximum de clubs de sport de haut niveau pour la mairie. Ça montre leur volonté de développer et promouvoir le sport. Ça permet de développer des valeurs pour la vie de tous les jours. On travaille avec la Ville. Régulièrement, les joueuses vont dans des écoles ou des lycées échanger avec des jeunes. C’est gagnant pour tout le monde. C’est aussi de cette manière qu'on va réussir à développer et à médiatiser le football féminin.