Jacky Soulard, président de l’Association du FC Nantes Féminines : « On n’aurait pas pu imaginer que l’équipe ait cette trajectoire »
Alors que les Canaries réalisent un début de saison historique pour seulement leur deuxième campagne dans l’élite du football féminin français, le dirigeant nantais dresse un premier bilan de cette saison et commence à parler d’Europe…
Juste après la mi-saison, le FC Nantes Féminines a déjà atteint son total de points de l'année dernière. Comment expliquer cette réussite ?
Ça a surpris beaucoup de monde. On a fait un bon recrutement. La dynamique s'est lancée rapidement. Il y a une bonne très bonne ambiance dans le groupe, pas de blessés, des résultats. L’ensemble nous a donné un début de saison extraordinaire. On a essayé de cultiver ça. On a eu un staff recomposé qui s'est mis tout de suite en fonctionnement. Il y avait tout pour bien faire.
Plusieurs joueuses offensives internationales sont arrivées cet été. Le club a semblé avoir touché des profils idéaux. Comment fonctionne le recrutement de la session féminine ?
Le coach suit les points faibles de son effectif et les secteurs qu'il veut renforcer. On effectue des recherches auprès de différents agents. On reçoit des propositions de joueuses. On visionne, on questionne pour faire les bons choix. Apparemment, ça a bien fonctionné. Ça vient vraiment du coach. Il nous fait remonter ses besoins. On en discute puis je donne le feu vert sur le plan financier.
« Si on continue sur cette dynamique, on est plus proche du haut de tableau »
Nantes est installé dans le top 4 du classement. Quelle est vraiment la place de cette équipe ? Est-ce qu'elle est plus proche du trio de tête ou du reste du plateau ?
Si on continue sur cette dynamique, sans blessées, elle est plus proche du haut. On n'est pas à l'abri d'avoir des blessés ou des incidents de parcours. La volonté des joueuses et du staff, c'est de jouer les 4 premières places. Prochainement, on se déplace au Paris FC et à Saint-Étienne. C'est quelquefois plus dur de jouer les équipes qui sont derrière nous que celles qui sont devant. On a un potentiel pour être dans la première partie du tableau, c'est évident.
« On n’aurait pas pu imaginer cette trajectoire »
Il y a 2 ans et demi, l'équipe était reléguée en 3e division avant d'être repêchée finalement. Vous auriez pu vous imaginer que l'équipe monte aussi haut en si peu de temps ?
Non, c'est vrai. De la relégation, on est passé à l'accession. On n’aurait pas pu imaginer cette trajectoire. Quand on a évité cette relégation, on a eu de la chance d'être repêché. J'ai senti que quelque chose naissait à l'intérieur du club. On se disait qu’on avait été tout proche de la relégation. On a eu la chance de monter, qu'on préserve ça et qu'on le cultive à maximum. Aujourd'hui, à l'intérieur de la section féminine, de son staff, et même des U19 et de la R1, il y a une volonté de bien faire.
« Il y a une grande marche avant de pouvoir jouer l’Europe »
Cette année, finir dans le top 3 du championnat pourrait apporter un billet européen. On y pense déjà ?
Moi j'y pense. J'essaie de partager l’idée qu'il ne faut pas faire comme moi. Ce serait une grande satisfaction pour le club. Il y a quand même une grande marche. On a notre carte à jouer dans les 4 premiers avant de passer ce cap-là. Jouer l'Europe, y accéder, on prendrait ! Mais pour performer, il faudrait faire un recrutement équivalent à l'Europe. Ce n’est pas évident.
Quelle est la marche qu’il reste à passer pour que le FC Nantes joue à ces niveaux-là ?
Avoir des joueuses de qualité supérieure. Le football féminin est construit sur des budgets. Les plus gros restent en tête. Ça apporte des joueuses de qualité avec des salaires de qualité. Aujourd'hui, on est satisfait de notre équipe. On a des filles de qualité et avec un moral et une envie de jouer très intéressante. On est dans les plus petits budgets. On a su tirer la quintessence de ce qu'on avait. Paris et Lyon sont intouchables. Le Paris FC le devient aussi. Fleury, Dijon et Montpellier se sont renforcées. La concurrence est forte.
Le FC Nantes serait-il en capacité de jouer la Coupe d'Europe dès la saison prochaine ?
Non. Si ça nous arrivait, ça serait une grosse révolution en interne. Il faudrait recruter des joueuses et renforcer l'équipe. Ce serait complexe. On grillerait quelques étapes, je crois. Aujourd’hui, le souhait de la section féminine et de Waldemar Kita, c'est de la consolider en apportant les équipements dont on a besoin avant de penser à autre chose. Si l'Europe se présente devant nous, on la jouera.
« On devrait retourner à La Beaujoire contre Paris »
Il y a eu 2 rencontres à la Beaujoire cette année, qui ont réuni plus de 16000 personnes avec un nouveau record d’affluence face Marseille. Comment sentez-vous l'engouement autour de cette équipe ?
Il est grand. Après les matchs, tous les gens que j'ai pu rencontrer ont été très surpris par l'équipe et par le football féminin en général. C'est une belle promotion pour le football féminin. Les gens sont friands de ces matchs-là. Ils nous ont demandé quand est-ce qu'on y retournait. On devrait y rejouer contre Paris. On n’aura peut-être pas d’aussi bons résultats parce que Paris est un gros morceau. Je suis très satisfait de l'engouement qu'il y a autour de l'équipe.
Ce mois-ci, le FC Nantes Féminines va disputer 2 tours de Coupe de France et un de Coupe de la Ligue. Les joueuses vont jouer 6 matchs en un mois. Avoir un calendrier plus fourni, c’est positif ?
C'est mieux. L'année dernière, il y avait des trous trop importants, des périodes où on ne jouait pas. On devait faire des matchs amicaux, sans grand intérêt. Le fait que ce soit plus actif, c'est une bonne chose.
Qu’est-ce qui vous rendrait fier de cette équipe à la fin de la saison ?
Terminer dans le top 4, ce serait bien. Ce serait une belle récompense pour les filles, pour le travail accompli, pour le staff et pour le club. Ça donne une belle image à l'extérieur. On est sur Canal + régulièrement. C'est bien que la télévision s'intéresse au foot féminin. Il y a encore beaucoup de marches à passer. Même si on a eu une affluence importante à La Beaujoire. A l’extérieur, il n’y a pas grand monde. Ça doit encore être boosté médiatiquement pour que ça prenne de l'ampleur et devienne un championnat intéressant pour les spectateurs.
Propos recueillis par Thibault Marchand
