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Tout au long de la saison à venir, notre rédaction vous proposera de retrouver ceux qui ont écrit la légende des Jaune et Vert. Pour attaquer l’été et lancer cette nouvelle rubrique, Eddy Capron s’est prêté au jeu de ce flashback.

En toute décontraction, l’ancien pensionnaire de La Jonelière, formé au club avant de toucher les étoiles avec la génération 1994-1995, nous à reçu chez lui, dans une ambiance cosy, aux portes de Nantes. Toujours aussi affûté, les années semblent glisser sur lui, malgré ses 49 ans. Eddy, à jamais Canari, nous livre son « best of » de ses 7 saisons professionnelles (1990-1997) sous le maillot nantais. En toute simplicité, à l’image du personnage.

Le joueur le plus fort côtoyé ?
«  Celui qui avait le plus d’assurance, qui était le plus complet, très malin, avec la bonne dose de vice nécessaire à haut niveau c’est Zoran Vulic (Nantais entre 1991 et 1993, NDLR). Il évoluait en charnière à mes côtés, et honnêtement, c’était la classe. Athlétiquement, ce n’était pas un monstre, mais il compensait par son placement, son intelligence tactique. A son contact, tu comprenais que ça ne servait à rien de s’éparpiller, de courir tout le temps partout. A mon poste, c’était un exemple. Spontanément, cela doit vous étonner que je cite Zoran, vous vous attendiez peut-être à d’autres noms, d’attaquants par exemple (sourire)… Mais non, je vote Zoran, car j’aime l’art du contre-pied (rire) ! »

Le joueur le plus marrant ?
« Sans hésiter : Stéphane Ziani !  Il te cassait les reins sur le terrain, mais en dehors aussi ! Il faisait constamment des feintes, toujours à blaguer dans le vestiaire. Nous sommes nés la même année (1971), nous avons été pensionnaires du centre de formation ensemble, et « Zian’ » est toujours resté fidèle à lui-même. A savoir un mec cool, qui semblait ne jamais subir la pression. En plus, il a réalisé une carrière extraordinaire, car il était aussi et surtout talentueux. »

Le plus grand chambreur ?
« J’en ai des tas qui me viennent en tête (rire) ! Mais celui qui m’a le plus marqué, c’est Claude Makelele. Un chambreur-né… mais qui n’aimait pas trop se faire chambrer (rire) ! »

Le plus fou ?
« De ma génération, Pascal Nouma. C’est mon pote d’enfance, on a grandi dans le même quartier avec Pascal, dans le « 93 », à Rosny-sous-Bois. On a évolué ensemble là-bas, ensuite j’ai rejoint le Red Star tandis que Pascal s’engageait au PSG. Evidemment, on s’est ensuite affronté et je m’en souviens… Juste avant une finale de Coupe de France, Pascal me marche dessus sur le terrain, sur un contact anodin et involontaire. Résultat : plâtre et fracture de la malléole… »

Le plus méchant ?
« Je me rappelle d’un attaquant dur sur l’homme, robuste : il a évolué à Strasbourg, Bastia, au PSG aussi, il était rasé… Ça y est, je l’ai : Bruno Rodriguez, une « marmule » ! C’était un attaquant très rentre-dedans, sa marque de fabrique. Aujourd’hui, avec les statistiques individuelles, le comportement des joueurs a évolué. Le tacle par derrière, à une certaine époque, c’était un geste technique recommandé (rire) ! En 2020, c’est désormais synonyme de carton rouge direct. Le footballeur actuel est davantage protégé, alors qu’avant, l’impact physique prévalait.

Le meilleur coach… hormis Coco Suaudeau, que l’on imagine inclassable ?
« A Nantes, je n’ai connu que trois coaches : Coco Suaudeau évidemment, Raynald Denoueix et le troisième ne rentre même pas sur le podium… Je parle là de Miroslav Blažević (entraineur du FCN entre 1988 et 1991, NDRL), et curieusement, c’est pourtant lui qui m’a lancé. C’est simple : son modèle de jeu ne me ressemblait pas. Il était à l’opposé de ma conception du football.
Après Coco, je dirais donc Raynald forcément. Dans l’approche, la philosophie de jeu, il y avait une vraie continuité entre eux. Je me sens privilégié d’avoir été accompagné par ces stratèges. Ces coaches-là, pour digérer et retranscrire ce qu’ils disaient, il fallait 6 mois a minima. Ils avaient un tel temps d’avance… Et un jour, tu as le déclic et tu mesures l’efficacité de leur méthode. Quand on analyse bien, combien d’internationaux ont-ils entrainé ? Hier encore, j’étais avec Nicolas Ouédec et Oswaldo Vizcarrondo (lire par ailleurs) et on regardait ensemble une photo de l’équipe de France. Sur le onze tricolore, huit étaient passés par le FC Nantes, impressionnant ! Le must, Nantes l’avait. Mais attention : les joueurs sont devenus « le best of » au contact de ces coaches justement. Leur travail était méticuleux, tout se faisait lentement, petit à petit. Sauf qu’aujourd’hui, « lentement » n’existe plus dans la société, comme dans le foot. Si nous sommes passés de la 1G à la 5G, c’est parce qu’il faut que ça aille toujours plus vite ! »

Ton match le plus accompli ?
« J’envisageais tout d’un point de vue collectif. De toute façon, je me remettais tout le temps en question, que je fasse un match correct ou pas. Aujourd’hui, j’entends des trucs qui me font rire. Avec Sautron, face à un certain club que je ne nommerai pas, un entraineur d’une réserve est venu me dire : si les joueurs ne font pas tant de kilomètres par match, ils ne pourront jamais évoluer dans une division supérieure. Je précise que ses joueurs portaient des GPS. Mais ça veut dire quoi de s’appuyer sur cette unique donnée ? J’étais surpris, Zoran Vulic faisait peut-être 5 km par rencontre, même le gardien courait plus que lui, mais c’était 100% qualitatif ! Tous ces artifices-là ne représentent qu’une petite partie de ce qui fait un footballeur. Il faut évidemment prendre en compte d’autres paramètres pour déceler un potentiel : la lecture du jeu, le sens du placement, la qualité technique etc…

Ton pire souvenir ?
« Ma blessure au dos. Ensuite, j’ai sorti les rames pour revenir à mon niveau. Je me souviens très bien du jour où je contracte cette blessure : c’était juste après le titre de Champion en 1995, nous affrontions Nice au mois d’août, à La Beaujoire. A la réception d’un saut, je retombe sur les talons et ça craque. A cette période-là, je perdais un être cher, donc ça a dû sans doute jouer aussi… Après cette blessure, j’ai perdu toute sensation pendant des semaines : je ne sautais plus, je ne courais plus, je manquais de puissance. Il a fallu batailler pour revenir, puisque j’ai quand même disputé une demi-finale de Champions League quelques mois plus tard. Même après, j’avais encore parfois un peu d’appréhension, notamment sur les réceptions de saut. »

Le moment qui a fait la différence en vue du titre en 1995 ?
« Le stage de début de saison a soudé cette équipe, clairement. J’ai une ou 2 photos sur lesquelles on peut percevoir que l’on se marre (sourire)… On n’avait aucune pression au moment d’aborder cet exercice 1994-1995, on était juste une bande de potes. Cette saison, cela peut sembler dingue, mais je l’ai traversé sans sentir les matches. Je n’ai aucun souvenir de contrainte, de fatigue. Tout était positif, facile même. Je n’ai jamais entendu : « il faut que l’on soit champion » ou encore « il faut poursuivre la série ». On était heureux, on était nous, on jouait, on jouait, on jouait… Et à l’arrivée, on se dit : ah oui, on a réalisé cela, en signant un record… Avec du recul, c’est fou, mais c’est la vérité. Tout était limpide, dès le départ. »

La plus grosse frustration en demi-finale de Champions League, face à la Juve ?
« Déjà, je pense que certains départs cette saison-là nous ont fait du mal, je pense notamment à « Lok’ » (Patrice Loko), qui était une pièce essentielle. Surtout, sur cette double confrontation, les joueurs de la Juve avaient plus de vice, étaient plus costauds physiquement aussi. Cette Juve-là était chirurgicale. Les Italiens étaient armés, ils étaient construits, conditionnés pour ces échéances-là, pas nous. On ne savait pas ce que l’on faisait dans le dernier carré, mais on l’avait mérité. L’approche était différente. Le contexte était également hors-normes : à l’aller, on a découvert une enceinte gigantesque, le Stadio Comunale (défaite 0-2, victoire nantaise 3-2 au retour, NDLR), il y avait de sacrés noms en face, à commencer par Didier Deschamps. Ce qu’il y avait de plus rageant dans ces rencontres, c’est que tu avais la sensation que tu pouvais les accrocher… mais à l’arrivée il te manquait toujours quelque chose pour passer. »

Ta plus grande fierté ?
« Déjà, d’avoir porté ce maillot nantais. Gamin, depuis mon « 93 », j’avais déjà le cœur jaune et vert. Jeune, j’écoutais les matches à la radio, le FCN me renvoyait à des légendes du club comme Loïc Amisse ou José Touré. C’est simple : la première fois que j’ai eu l’occasion de les croiser, j’ai fondu par terre (sourire)… Alors je suis très fier qu’après eux, notre génération ait pu inscrire son nom au palmarès. Avoir une étoile à nous, ça n’a pas de prix. C’est juste énorme… »

 

Son quotidien, en 2020
25 ans après avoir été sacré Champion de France, l’ancien défenseur des Canaris soigne toujours le cardio et les abdos ! Eddy Capron a effectivement monté sa propre structure de coaching sportif et intervient auprès d’athlètes de haut niveau comme de sportifs amateurs. Depuis 15 ans, il est également entraineur principal de l’équipe fanion de Sautron, « son cocon ». A la reprise, l’AS Sautron va d’ailleurs changer de dimension. Aux portes du niveau départemental il y a encore quelques années, les « Red’s » évolueront cette saison… en National 3 ! « Les dirigeants m’ont laissé le temps de me tromper, ce qui est impossible dans le foot pro aujourd’hui. Ça a porté ses fruits et nous voilà donc en N3, une division que l’on va découvrir sans pression », nous glisse Eddy Capron. « On est bien conscient qu’on n’évoluera pas dans le championnat qui nous ressemble, mais les mecs se sont donnés le droit de goûter à cela, alors on y va ! C’est dingue : depuis l’officialisation de la montée, j’ai dû recevoir une centaine de CV de joueurs proposant leurs services… Je pars avec un groupe de 30 joueurs, la prépa collective débutera le 20 juillet. »  
A ses côtés, un autre défenseur de métier sera là pour l’épauler : Oswaldo Vizcarrondo, qui sera son adjoint ! « Oswaldo a raccroché les crampons, et l’idée c’est qu’il fasse sa formation d’entraineur avec nous, à Sautron. Il se montre direct, disponible, respectueux, extrêmement humble aussi, on a donc très vite accroché. » Avec ce tandem-là aux manettes, les Sautronnais peuvent voyager !

 

Propos recueillis par Emmanuel Breuval avec Edouard Chevalier