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BASKET-BALL : Nantes Basket Hermine
Thibault Desseignet : « Ce qu’on vit, c’est du jamais vu »

Pour sa troisième saison, le jeune meneur nantais Thibault Desseignet démontre la même maturité sur le parquet que face à la situation complexe qui touche tous les sportifs professionnels.

Les stats de Thibault : (cliquer sur le lien)

Tout d’abord, comment vas-tu ? À peine revenu de ton opération de la cheville, tu as subi le grand coup d’arrêt de l’automne 2020…
Depuis l’opération, cela s’est vraiment super bien passé pour moi, avec une excellente prise en charge en post-op’. Je suis parti l’été dernier à Capbreton et je suis rentré à Nantes dans une bonne forme physique. J’étais bien sûr en manque de repères et de sensations basket, car le reste de l’équipe avait repris les oppositions avant moi, mais je trouve que c’est revenu très vite durant mes deux semaines d’entraînement. Puis il y a eu, en effet, la vague de Covid et tout s’est arrêté…

Un retour haché qui n’a pas aidé à reprendre le rythme…

Et ce n’est pas fini. On a une visibilité sur quinze jours à chaque fois, on ne sait jamais si on va pouvoir enchaîner. Mais c’est pareil pour tout le monde. À nous de nous adapter si on veut vivre notre passion, bien faire notre métier. On se doit d’accepter ces mesures sanitaires qui sont certes pénibles quand il s’agit de jouer à huis clos. Car oui, cela nous fait ch… de ne plus voir personne dans les salles, derrière le panier et sur les côtés.

Vous ne vous cachez pas derrière cette excuse mais force est de constater que sur la durée, il devient de plus en plus difficile d’aller chercher, dans ces conditions, la petite étincelle…

C’est extrêmement pesant. Pour moi, c’est durant l’échauffement que c’est le plus compliqué. Une fois que le match débute, tu es hyper concentré, tu restes dans une bulle. Habituellement, tu vois des sourires, des petits signes, des gens contents de te revoir, que cela soit les habitués du club, les amis ou la famille. C’était vrai quand elle pouvait encore se déplacer pour venir nous voir jouer. Là, cela se passe exclusivement à travers un écran. On sait qu’ils nous soutiennent, on a des messages et cela fait du bien. Mais on ne peut pas se nourrir des énergies qu’ils nous transmettent normalement.

On parlait d’adaptation au contexte. Cela a également été le cas sur le terrain avec ce poste 1-2 qui pose problème depuis le début…

Entre moi qui arrive un peu plus tard, le problème de pied de Terry (Smith) et la même chose pour Xavi (Forcada), c’est vrai nous avons été perturbés à la mène. On n’a pas pu mettre en place notre plan de jeu initial, à savoir jouer constamment avec deux arrières : Terry et Xabi, Terry et moi ou Xabi et moi. J’espère que tout va rentrer dans l’ordre…

 

Votre groupe avait construit une base très solide avec peu de modifications. La Covid-19 et ces blessures, ce n’est qu’un contretemps ?

Je ne pense pas que l’on puisse déjà considérer que cette saison est ratée. On a très bien commencé avec trois belles victoires mais on s’est un peu essoufflés… On est sérieux, on a la tête sur les épaules mais on n’a peut-être pas pris conscience du fait que cela serait aussi compliqué à chaque match. Cela pourrait aller mieux sur le plan sportif, il y a eu deux défaites à domicile (lire par ailleurs). Face à de très bonnes équipes, OK, mais on n’a pas fait le job. On a pris une claque et on doit réagir au plus vite.

D’autant que vous connaissez les ingrédients à ajouter à la recette…

On a remporté un titre avec quasiment le même effectif. On est un groupe de compétiteurs. Maintenant, c’est du passé. On se doit de prendre à bras le corps ce championnat bizarre. On ne sait pas comment cela va finir, on ne sait pas s’il va y avoir des playoffs… Notre réalité, notre quotidien, c’est une gestion match par match. On ne sait ni quand, ni où après deux dates… Ce qu’on vit, c’est du jamais vu.

Même si tu as une expérience plus conséquente, tu restes un jeune joueur. Est-ce que cela a changé ta vision du sport professionnel ?

Honnêtement, cela m’a fait un peu peur. On se pose beaucoup de questions. Va-t-il être possible de poursuivre notre sport, de faire notre métier ? Je suis quelqu’un d’ambitieux et j’ai eu du mal à supporter ce ralentissement, cette notion de perte de temps. Alors oui, durant le confinement, c’est ce sentiment qui prédominait. Après, je suis jeune en effet, j’ai 22 ans, mais je ne suis pas non plus le « bébé » de la division. On se demande si une pérennité va être possible, si le public va pouvoir revenir dans les salles.

Vous sortez d’une saison 2020 en montagnes russes. Comment l’as-tu vécue ?

Il y a eu, c’est vrai, pas mal d’ascenseurs émotionnels. Sur le plan de la santé, l’opération était un passage obligé et un choix personnel, fait en concertation avec le club (NDLR : double ligamentoplastie à la cheville). C’était le bon timing et de toute façon, c’était nécessaire pour ne pas encore plus aggraver mon cas. L’aspect mental est tellement important dans le haut niveau. Et chez moi, c’est clairement la tête qui fait marcher le corps… (Sourire) Quand tu es bien dans ta tête, tu es bien dans tes baskets, dans ton basket. Et tu franchis des étapes.

On sent l’importance d’un entourage bienveillant autour de toi…

Je m’estime chanceux d’être dans un club où on sent qu’on est soutenu par tout le monde. Le gain de temps que j’ai eu sur ma blessure, cela tient à tout ça. J’étais rassuré. De même, avoir autre chose que le basket dans sa vie est essentiel, notamment pour préparer l’avenir. Là encore, l’entourage est précieux. Il était inenvisageable, pour mes parents, que je n’en prenne pas conscience ! (Rires) J’essaye de me projeter dans le futur, de bien investir. Je vois trop de joueurs qui, une fois leur carrière terminée, se retrouvent seuls ou, pire, mal conseillés. Je ne veux pas, après le basket, faire quelque chose qui ne me plaise pas et qui me fasse plonger dans la déprime.